Une violente attaque de tourista perturbe notre nuit à partir
de deux heures du matin au point qu'à 5h00 je me lève définitivement ;
c'est certainement la conséquence de notre fréquentation active de la
fête d'hier et aussi un la faute de notre gourmandise . Aussi les
obligations de vidange et de remplissage sont rondement menés au point
qu'à 7h30 nous sommes fin prêts pour attaquer la longue étape qui doit
nous mener à la frontière du Kazakstan .
Nous commençons par traverser Nukus qui est la capitale du
Karakalpakstan ,petit état dépendant de l'Ouzbékistan où se trouve la
fameuse Mer d'Aral : c'est d'ailleurs au cours de l'étape d'hier qu'il
était possible d'y aller moyennant 300 km de piste en mauvais état .
Rousman nous l'avait fortement déconseillé pour plusieurs raisons ; tout
d'abord c'est cher payé en kilomètres pour voir 4 bateaux échoué dans le
sable .Si l'on veut aller jusqu'à l'eau il faut compter encore 150
bornes aller et retour ,ça commence à faire beaucoup ! Ensuite , il
parait que la population locale n'est pas très accueillante , voir même
agressive et qu'il ne peut pas garantir notre sécurité ; c'est général à
tout le Karakalpakstran . D'ailleurs ,Roustam vient lui même d'être
victime de la malhonnêteté d'un autochtone qui n'a pas tenu sa parole :
il en est furieux! D'après lui c'est une ethnie un peu spéciale , qui
ne respecte pas grand chose !
Dès que nous sortons de la ville nous traversons une région
riche en canaux d'irrigation venant tout droit de l'Amou Daria : il en
résulte une végétation luxuriante où cohabitent rizières , champs de
maïs ,haies de bambous et massifs de tamaris qui en peuplent les berges
; c'est superbe toutes ces tâches mauves qui se reflètent dans l'eau .
Il faut bien attendre cinquante bornes pour retrouver le sable du désert
.et ses bosquets d'épineux . Par moment le vent en tourbillonnant
soulève des colonnes de sable qui montent droit vers le ciel en courant
dans la pleine .
Nous arrêtons au célèbre cimetière Daout Autor qui occupe le
flanc de deux collines voisines et qui date du XVIII ème siècle ; par
endroit d'énormes mausolées se dressent au milieu des tombes ordinaires
:celle-ci sont faite un mur de briques rectangulaire garni d'un haut
pilier à chaque angle surmonté d'un croissant de Lune . A l'intérieur de
cet enclos on peut voir si on se dresse sur la pointe des pieds comme
une espèce de tente canadienne faite de roseaux et partiellement
couverte de sable . Ce qui nous surprend aussi c'est le jeune age des
défunts , surtout chez les femmes .Comme nous nous retrouvons avec Roger
, Claude , Bernard et leurs épouses , Jean-Louis offre une tournée
générale de café .
Dès que nous repartons , nous tombons sur un lac salé asséché
sur notre droite ; une usine de fabrication du Sodium est installée
juste à côté . De loin nous confondons les pelleteuses qui grattent la
croute de sel avec des bateaux échoués :ce doit être une hallucination
collective, car Claire les voit aussi,peut-être suite à notre déception
de ne pas avoir pu aller à la Mer d'Aral ! Très vite , la qualité de la
route se dégrade au point de se transformer en piste caillouteuse et
pleines d'ornières profondes à souhait . Ce n'est pas le quart d'heure
d'être distrait et de plonger une roue là dedans ! Comme nous nous
retrouvons à cinq ou six camping-cars à l'entrée de ce mauvais passage ,
je ne vous explique pas le nuage de poussière que nous soulevons ! Il
faut vite fermer les fenêtres et ouvrir la clim car il fait déjà 36 degrés .
Nous arrêtons ensuite au kilomètre 280 pour acheter deux
jerricans de 20 litres de gasoil dans un petit restaurant . Comme nous
sommes déjà atteint digestivement , nous déclinons l'invitation de
Jean-Luc et de Babette déjà installés à table . Nous préférons manger
léger à bord du camping-car tout en restant malgré tout sur le parking
. La température , rapidement intolérable , nous oblige à précipiter les
choses et c'est avec plaisir que nous reprenons la route pour récupérer
les bienfaits de la clim .Comme d'habitude c'est Dominique qui reprend
le manche et qui malheureusement tombe sur une portion de route
particulièrement déplorable .La taille des ornières est effrayante et
nous oblige à ralentir considérablement .Pas facile de slalomer parmi
tous ces trous béants et surtout c'est vite très fatigant pour le
chauffeur . Pour le passager , c'est plutôt le mal de mer qui le guète !
Heureusement que des groupes de dromadaires sauvages viennent nous
distraire l'esprit en dodelinant de la tête le long de la route .C'est
amusant de les voir ouvrir de grands yeux et battre des cils en nous
regardant curieusement passer devant eux . C'est aussi la première fois
que nous pouvons comparer dromadaires et chameaux en direct car ici tout
le monde cohabite en bonne intelligence apparemment !
Tout à coup nous nous retrouvons nez à nez avec de grosses
remorques qui barrent notre pseudo route : un ouvrier nous invite à
prendre une petite piste à droite très sableuse à en juger par le nuage
que soulève une voiture arrivant en face ; Dominique préfère me redonner
le manche devant l'inhospitalité de la piste .Je décide de mettre en
boite manuelle et d'enclencher la troisième pour gagner en force . C'est
dans un brouillard total que nous rebondissons de bosses en trous sans
pouvoir les voir et essayer de les éviter tant la piste est étroite .
Pas question non plus de baisser le régime moteur , il faut accélérer
pour éviter de rester enquillé dans les passages très meubles .
Pourtant pas plus long que trois ou quatre kilomètres , ce tronçon
parait interminable ; le camping-car n'a jamais été dans un état pareil
: même les vitres latérales , pourtant très haut situées , sont couverte
d'une épaisse couche de sable . Du vrai Paris-Dakar ! En regardant
derrière , je constate avec plaisir que Jean-Luc a réussi à passer :
j'étais un peu inquiet pour lui qui s'était déjà ensablé deux fois dans
le désert de Gobi en Mongolie . Malheureusement , lorsqu'il me double
quelques kilomètres plus loin je constate que c'est Hubert qui est sorti
du passage difficile juste derrière nous . Nous apprendrons le soir que
prudemment Jean-Luc a réussi à trouver un chemin moins périlleux .
Encore trente bornes de route épouvantable et nous arrivons
au bivouac installé en plein désert entre deux maisons à toit plat où
des autochtones se reposent sur le lit installé en façade devant chez
eux . Installé entre Roger et Hubert , nous sortons l'auvent pour
déguster une mousse bien méritée en discutant des aléas des 450 bornes
de l'étape . Après la réunion, c'est Gérald le toubib, qui invite à
l'apéro général pour fêter ses cinquante jours parmi nous .
Puis un dénommé Octobre vient nous faire une petite conférence sur le
Karapakalstan , son pays d'origine et surtout sur la Mer d'Aral dont il
en a fait sa spécialité . Fatigués , nous terminons la journée en
mangeant en tête à tête à bord du camping-car .















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