samedi 20 août 2016

ppi étape 74 le 19 août 2016 Fergana

Tout d'abord un peu d'histoire que nous distille Rousman un peu
tous les jours ; au XIX ème siècle l'Ouzbékistan se composait de trois
khanats ; celui de Khiva , de Boukkhara et de Fergana . Face la
politique expansionniste russe , les deux premiers se sont laissés
intégrer alors que le Sultan de Fergana a résisté par les armes et a
perdu la guerre ; le khanat de Fergana est devenu à l'époque le
Turkemistan Chinois . Après la Révolution d'Octobre , les Bolchviques
ont continué la russification de l'Ouzbékistan et comme il faut diviser
pour régner, Staline a remodelé les frontières en intégrant un morceau
du Tadjikistan en sud et une partie du Kazakstan au nord , ce qui porte
à quatre le nombre d'ethnies, avec les Russes, dans le pays . Lorsqu'en
1990 , le bloc soviétique s'écroule , l'Ouzbékistan se retrouve
abandonnée économiquement . D'autre part, il est en conflit avec
l'Afghanistan , embarqué dans cette guerre avec leur voisin, pour aider
les Russes . L'Ouzbékistan prend alors vingt ans de retard ,qu'il est
entrain de rattraper grâce au courage de ses habitants : avec de petits
salaires(350 dollars par mois pour un prof) ils sont obligés d'avoir une
seconde activité pour se payer une voiture , un appartement , ..
Actuellement la communauté russe représente encore 7 à 8 % de la
population .
Aujourd'hui c'est relâche : on part en bus vers 8h30 pour
visiter la vallée de Fergana . J'en profite pour me lever tôt vers 5h00
pour rattraper mon retard au niveau du blog . Je suis surpris de voir
que Serge range déjà sa literie . Lui , de son côté est étonné de voir
personne trainer sur le campement : en fait il a oublié de changer sa
montre hier à la douane car ici nous avons une heure de décalage en
moins par rapport à la France . Une demi-heure plus tard Dominique
prépare le café et s'attaque aussitôt à la corvée d'eau .
Nous commençons par la visite d'une fabrique de soie installée
à Margilan , petite ville situé à 20 bornes de Fergana ; les différents
bâtiments de celle-ci sont dispersés dans un joli parc de verdure où il
doit être agréable de venir travailler . Elle emploie encore 120
personnes . Nous commençons par l'atelier de récupération des fibres de
soie en ébouillantant les cocons pendant une heure . Le fil est ensuite
enroulé sur un roué avant de subir plusieurs bains alcalins(ph 11) pour
l'assouplir et le blanchir . Un autre atelier est consacré à la teinture
, d'origine naturelle , que l'on applique après avoir protégé certaines
partie des écheveaux avec du scotch pour les laisser blanches :
autrefois on utilisait le crin de cheval pour cette opération de
masquage . Ensuite nous assistons au tissage proprement dit à la fois
manuel et mécanique : notre guide nous montre en palpant, la douceur et
la finesse du travail "fait main" par rapport au tissus sortant des
métiers motorisés . Il ne reste plus qu'à passer au magasin de
l'entreprise , moment tant attendu de ces dames et si redouté de nous :
aussi le personnel nous offre de l'eau fraiche et des galettes de pain
toutes chaudes pour patienter ! Heureusement que l'on peut payer en
euros , car nous n'avons toujours pas fait de change . A la sortie ,
nous retrouvons nos deux jeunes globe-trotters d'hier . Puis nous
profitons d'être dans le quartier des boulangers pour prendre deux
belles galettes décorées et dorées à souhait.
Nous reprenons le bus pour aller à Rishtan , petite ville
spécialisée dans la fabrication de céramique distante d'une quarantaine
de bornes . L'argile y est extrait sur plus deux deux mètres d'épaisseur
. Ici aussi ,nous assistons à tous les stades de fabrication : le
tournage sur tour pivotant à l'aide des pieds , le séchage , le
polissage au papier de verre , la première cuisson à 950 degrés , le
bain de kaolin , de nouveau le séchage avant la décoration au pinceau et
la seconde cuisson à 1200 degrés pour obtenir la vitrification .Ils
utilisent des pigments naturels : le cobalt pour les bleus ,le manganèse
pour le marron , les sels de cuivre pour les verts ... Le résultat est
superbe, aussi Dominique m'offre une petite théière et nous nous
achetons un grand plat décoré avec des motifs et des couleurs
traditionnels de Rishtan . Ensuite nous passons à table sous une
tonnelle installée dans le jardin même de la fabrique et chose curieuse
le service est fait par les artisans que nous avons vu travaillé dans
les différents ateliers . Après avoir grignoté tous les petits plats de
crudités disposés sur les tables , nous dégustons le "plov" , plat
national ouzbek : il s'agit de riz assez gras cuit avec de petits
morceaux de légumes et du boeuf finement découpé . Comme pour la paella
la composition change d'une région à l'autre .
Après midi , nous reprenons le bus pour Kokan (ou Qoqon suivant
le type d'écriture) . C'était la capital du khanat de Fergana , oasis
incontournable sur la Route la Soie : on y visite la Grand Mosquée du
Vendredi ; devenue monument historique , elle n'est plus utilisée pour
le culte . 98 piliers de bois(noyer) finement sculptés et décorés de
superbes chapiteaux peints , soutiennent un plafond à caissons ,
magnifiquement décoré de motifs géométriques aux couleurs vives . Le 99
pilier est le minaret qui se dresse orgueilleusement au milieu de la
cour . Grâce à Rousman , nous goûtons une friandise locale , les
holvats, qui ressemblent au nougat par son aspect et par les amandes et
les pistaches qui les parfument . A base de beurre , de lait et de sucre
, c'est excellent et très beau, coupé en petits losanges , mais
qu'est-ce-que ça doit être calorique ?
Nous allons ensuite visiter le palais du sultan , énorme pavé
de maçonnerie tout carré , juste agrémenté de quatre frêles tours
disposées aux angles et recouvert de carreaux de céramique vernissés aux
couleurs vives . Il était composé de 114 pièces donnant sur 7 cours
intérieures . La partie réservée aux femmes , qui abritait le harem , ne
se visite plus car elle a été partiellement détruite à l'époque
soviétique .C'est émouvant de voir les photos des derniers sultans et de
leur descendance actuelle .
Rousman profite de notre retour en bus au campement pour
s'occuper du change : armé d'un grand sac plastique il sort des paquets
de liasses de billets . Bien que nous ne pouvons avoir que 50 euros par
équipage , le volume en sums ouzbek est monstrueux ( 1 euro vaut 5000
sums) Les Ouzbeks , pour se moquer de cette situation disent qu'il faut
deux kilos de sums pour acheter un billet d'avion de Tashkent , leur
capitale , à Moscou !
De retour à l'hôtel nous nous dépêchons d'exploiter la
demi-heure de battement dont nous disposons avant la réunion pour aller
nous rafraichir à la piscine : quel bonheur après cette journée à
crapahuter sous le soleil par 38 degrés ! Rousman nous propose de
prolonger le briffing par une petite conférence pour nous présenter son
pays et les Ouzbeks : c'est très agréable et très enrichissant car il
parle avec son coeur .
Fatigués par cette journée marathon , nous décidons de manger
au restaurant de l'hôtel où nous des dégustons des côtelettes d'agneau
grillées avec , luxe suprême dans ces contrées , des frites !
.

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