vendredi 26 août 2016

ppi étape 80 le 25 août 2016 Boukkhara

Après une nuit relativement fraiche grâce à un léger courant
d'air dans la chambre , nous décidons d'un commun accord de jouer les
prolongations jusqu'à 6h30 pour récupérer un peu de la fatigue accumulée
ces derniers jours . Puis nous nous octroyons deux cafés au lit puisque
aujourd'hui c'est relâche suivi d'un petit déjeuner soigné en tête à
tête pour une fois . Comme je n'ai que quelques mots à rajouter au blog
, nous nous mettons en quête de l'hôtel Sémour pour bénéficier de la
wifi . D'après les autochtones que nous rencontrons , il est fermé et
aurait été racheté par les Chinois pour loger les employés qui
travaillent à l'usine à gaz.
Comme prévu le bus vient nous chercher vers 8h45 pour visiter
la ville de Boukkhara, autre oasis sur la Route de la Soie qui a détrôné
Samarcande après la chute de la dynastie Timourid . Le bus nous dépose
d'abord à l'entrée d'un parc d'attractions construit sur le site d'un
ancien cimetière où un historien soviétique a retrouvé en 1934 le
Mausolée de Ismail Samani, dépourvu de sa coupole et caché parmi les
tombes ; comme nous explique Rousman , c'est le joyaux d'Asie Centrale
par excellence puisqu'il date du début du Xéme siècle , ce qui en fait
la plus ancienne construction de Boukkhara : de forme cubique , il a
retrouvé sa coupole . Ses quatre faces sont magnifiquement décorées par
une variété impressionnante d'assemblages des briques : il parait que
l'on en a dénombré 18 modèles différents . La dynastie Samanide qui en
découle, a régné sur la région de 875 à 999 . Elle correspond à
l'arrivée de l'islam imposé lors de l'invasion arabe qui ont mis des
Tadjiks à la tête du pays peuplé de gens d'origine turc . A l'interieur
, on retrouve des décorations tel que des soleils qui rappellent
l'ancienne religion zoroastrienne et des motifs à base de fleurs à
quatre pétales qui évoquent la croix , peut-être en rapport au
christianisme nestorien venu jusqu'ici .
En traversant le parc , nous apercevons des tronçons de
remparts mis en valeur par la pièce d'eau qui nous en séparent :
partout dans la ville de Boukkhara ont été aménagé des bassins de cette
sorte qui servent d'agrément mais surtout de réserve d'eau . Nous
continuons notre promenade jusqu'au musée de l'eau, installé dans un
bâtiment qui ressemble à celui que nous avons visité hier en face de
l'ancien caravansérail avec sa superbe voute de briques ocres .Nous
apprenons par Rousman qu'il y avait ce genre d'installation tous les 25
à 30 kilomèestres tout au long de la Route de la Soie , ce qui
correspondait à une journée de marche pour les caravaniers.On peut y
voir une collection d'outres en tous genres , des louches pour boire et
surtout une partie réservée à la Mer d'Aral qui a perdu 90 % de sa
surface par la bêtise des soviétiques : en détournant massivement l'eau
du Syr Daria et de l'Amou Daria , les deux fleuves qui alimentent cette
mer pour la monoculture intensive du coton ils ont provoqué une
catastrophe écologique sans précédent .
Nous continuons notre visite à pieds jusqu'à la mosquée
Bolo-Haouz d'une architecture très légère avec ses 20 immenses colonnes
de bois sculptées , surmontées de superbes chapiteaux peints , le tout
soutenant un magnifique plafond à caissons richement décorés de motifs
géométriques : l'intérieur , par son extrême nudité, tranche avec la
décoration très chargée du grand hall extérieur . C'est superbe de voir
le reflet que la mosquée offre dans l'eau du bassin voisin , ce qui a
fait dire qu'elle était dotée de 40 piliers .
En continuant nos investigations , nous tombons nez à nez avec
les massifs remparts de la forteresse qui a été habitée jusqu'au milieu
du XIX ème siècle par le dernier émir . Construite entièrement en
briques elle parait imprenable avec ses tours tronconiques , fortement
évasées à la base . Des extrémités de poutres sortent des murailles
ainsi renforcées . La blondeur de la maçonnerie prend de jolies nuances
avec les jeux de lumière , c'est un plaisir pour le photographe . Dire
que les bolcheviques l'ont bombardé lors de la guerre d'indépendance en
1920 après l'échec de son siège . L'émir se réfugia alors en Afghanistan
jusqu'à sa mort .
Nous reprenons le bus qui nous rapproche du coeur de la vieille
ville : le Réghistan, avec son bassin central doté de jets d'eau qui
dégagent une agréable fraicheur sous sa voute de gros arbres . Au nord
se dresse l'imposante façade de la mosquée Polyenda Beg avec ses motifs
zoomorphes : une sorte de perroquet avec un mammifère indéterminé en
dessous décore les deux côtés de l'immense iwan (le portail) couvert de
mosaïques aux motifs géométriques ; une aile est consacrée à la mosquée
proprement dit ,l'autre à l'école coranique ou madrasa avec les cellules
pour les étudiants . De l'autre côté du reghistan lui fait face presque
symétriquement la mosquée Sodhim Beg .
Nous allons prendre le déjeuner dans un atelier de broderie qui
emploie deux cents femmes qui travaillent chez elle et à leur rythme :
le travail est très fin et très coloré . Les pièces de tissus ainsi
décorées s'appellent des "suzanas" : c'est la future jeune mariée qui
devait en préparer quatre avant les noces pour tapisser les murs de la
chambre nuptiale . Elle devait montré de cette façon à sa belle famille
chez qui elle allait habiter , les traits de son caractère par le choix
des motifs . Nous assistons aussi à la préparation du "plov" de
Boukkhara parfumé ici avec des gousses d'ail entières non épluchées , de
petits piments et des carottes roses et non jaunes comme à Rishtan .
Personnellement , nous préférons celui-ci parce qu'il est plus relevé ,
ce qui correspond d'avantage à notre gamme de goûts .
Encore une fois , je redoute l'après midi après un tel repas à
digérer sous la chaleur des ruelles car aujourd'hui la visite se fait à
pieds . Après avoir retraversé le réghistan , nous passons la porte des
chapeliers : il s'agit d'une construction en briques soutenue par
voutes très hautes pour laisser le passage aux chameaux très chargés des
caravaniers : à l'ombre de ce passage sont installés des commerçants
spécialisés dans la vente des toques ,en mouton astrakan, très réputées
. Puis en rasant les murs pour éviter la morsure du soleil , très
violent à cette heure , nous nous rendons à la Grande Mosquée du
Vendredi devant laquelle nous sommes surpris par les 44 mètres cinquante
du minaret Kalon qui date de 1127 : il fut miraculeusement épargné par
Gengis Khan qui admiratif d'une telle construction aussi haute , se
serait prosterné à son pied lors du sac de Boukkhara . Grâce à sa
lanterne visible de très loin , les caravaniers pouvaient s'orienter .
Nous entrons ensuite dans l'immense cour de la mosquée de 127 mètres
sur 80 de large qui pouvait recevoir l'ensemble de la population mâle de
Boukkhara : de forme rectangulaire , chaque côté comporte en son centre
un énorme iwan (porche) séparant 2 groupes de sept voutes .
En face de cette énorme mosquée on peut admirer le madrasa Mir-i-Arab de
taille et de façade identique à celle-ci : il fonctionne toujours avec
180 étudiants qui pendant quatre ans après les études secondaires
obligatoires viennent se former au métier de muphti . Curieusement les
sympathiques jeunes globe-trotters que nous avions transporté de Osh à
Fergana , nous font un petit coucou surprise alors que nous écoutons
religieusement les explications de Rousman , assis sur les marches de la
mosquée .
En repartant vers la place centrale , nous passons entre deux
madrasas construits à l'identique l'un en face de l'autre comme c'était
beaucoup la mode ici au XVI ème siècle : il s'agit du madrasa
Modar-i-Khan et vingt ans plus tard du madrasa d'Aboullah Khan . Leur
façade percée d'un immense iwan de 30 mètres de hauteur en leur centre
sont richement décorées de mosaïques à motifs géométriques et végétaux ;
la particularité des fleurs des bouquets est qu'elles laissent
apparaitre, discrètement car il s'agit d'animaux , des vers à soie .
Rincés par la fatigue de tous ces allers et venues et par la
chaleur accablante , nous nous précipitons ensuite vers une terrasse du
réghistan pour dégommer une mousse bien mérité . Puis nous décidons de
rentrer en taxi prématurément ,plutôt que d'attendre le bus prévu à
21h00 . A peine ai-je le temps de transférer les nombreuses photos de
la journée que c'est déjà l'heure de l'apéro que nous prenons en petit
comité avec Hubert et sa tribus accompagné de Roger et son épouse .
Nous terminons la soirée comme hier en mangeant sur le parking devant
les camping-cars avec et Roger et Claire .

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