Aujourd'hui est un grand jour car nous devons passer la
frontière du Kirghizstan . Comme nous devons rouler en convois, le
départ est prévu de bonne heure ,à 8h00 .Bien que la nuit a été
entrecoupée par de multiples événements nous nous levons relativement
tôt : par deux fois un groupe de Chinois est venu ouvrir les plaques
d'égout en fonte à côté du camping-car en papotant appuyés contre notre
chambre , puis la pluie qui nous a obligé à nous lever pour fermer les
fenêtres et dans un second temps pour débrancher le prolongateur
électrique porteur d'un domino juste protégé par une couche de
chatterton . Après un nescafé, faute de jus pour alimenter la Nespesso ,
c'est la corvée de flotte , la vidange des eaux grises et des toilettes
dans l'obscurité la plus totale ; ça n'est pas drôle , surtout qu'il
faut circuler à tâtons sur le parking envahi de profondes flaques d'eau .
Malgré tout , tout le monde est prêt à l'heure pour quitter
Kashgar sagement en file indienne derrière le 4x4 de secours , tous
warning ouverts . Marc semble ne pas avoir son compte de sommeil et
traine un peu derrière ce qui n'est pas du goût des suivants car nous
nous déplaçons par ordre de numéro . Nous roulons une bonne demi-heure
dans l'obscurité presque totale . C'est amusant de voir les petits
marchands de fruits dormir sous une toile tendue à côté de leur tas de
pastèques . Dès que nous prenons la G 3012 nous traversons une zone un
peu macabre en longeant un cimetière musulman installé au pied de
falaises : en effet , la lumière de l'aube naissante allonge
démesurément l'ombre des mausolées jusque sur le champs de rochers
voisins . L'orage de cette nuit a fait gonflé les petits torrents du
coin qui charrient des flots de boue rouge . Sur leurs rives, la lumière
du jour commence à mettre en valeur l'ocre des rochers et des falaises ;
beaucoup plus loin , parmi les nuages du ciel encore tourmenté , nous
distinguons de hauts sommets neigeux . La pluie qui nous a arrosé cette
nuit , a en saupoudré de blanc les flancs des monts .
Après une petite centaine de kilomètres , nous traversons un
premier barrage de police où les passagers sont obligés de descendre
pour aller présenter leur passeport pendant que les chauffeurs passent
avec les véhicules . Dix bornes plus loin c'est la frontière chinoise ;
dans un premier temps nous stationnons les véhicules , puis on nous
invite à remplir un formulaire en trois exemplaire avant d'aller nous
faire enregistrer dans un bureau .Une fois les chauffeurs passés au
contrôle c'est au tour de ces dames à présenter leur passeport pendant
que les plaques moteurs des véhicules sont examinées sur le parking .
Heureusement qu'avec les deux heures de décalage entre la Chine et le
Kirghizstan , il n' est que 10h30 , mais nous en sommes toujours au même
point . En attendant ces dames , Yang nous lâche une blague comme il
sait faire : " hier on est passé devant la grande statue de Mao avec son
bras droit levé , vous vous souvenait ; ici en Chine on dit qu'il
appelle un taxi , mais qu'il n'y a personne qui s'arrête
....hi...hi...hi...!" Même s'il nous a joué quelques tours aux arrivées
d'étape , nous garderons de lui l'image d'un bon gros qui conclut
toujours ses explication par un retentissant :" ici c'est comme ça !"
qui traduit dans toute sa splendeur, le fatalisme chinois . Il est
temps maintenant de faire nos adieux à Philippe et à Yang pour
contourner ensuite le bureau des douanes avec le camping-car et
récupérer nos chères épouses au passage qui n'ont toujours pas leur
passeport . En attendant, nous décidons de manger un morceau et de boire
un café que nous finissons en roulant car il faut avancer jusqu'au poste
suivant et payer une dernière fois l'autoroute . Entre deux, nous
parvenons à changer nos derniers Yuans en Soms : 1 yuan pour 10 soms .
Nous attaquons ensuite l'ascension de deux col à plus de 2900
mètres dans un magnifique décor purement minéral : des chaos géologiques
succèdent à d' immenses coulées d'éboulis , des falaises vertigineuses
dominent d'interminable champs de bosses . La roche décline une
multitude de nuances d'ocre et de jaune .Par moment les nuages
s'estompent pour laisser apparaitre de superbes monts neigeux qui,
timidement ,se dissimulent aussitôt .
Le convois qui avait du mal à rouler, du moins pour certains ce matin
sur l'autoroute, se met à bombarder à 120 km/h en descendant le dernier
col ...!Curieuse façon de procéder , mieux vaut en rire comme me dit
Roger et Jean -Luc . Parvenus en bas , nous tombons sur la frontière où
il faut attendre une heure avant de pouvoir bénéficier de la fouille du
camping-car et de la vérification des passeports . A peine repartis nous
arrêtons plusieurs fois à de petits barrages de police sur une trentaine
de kilomètres avant d'attaquer l'ascension d'un troisième col qui
culmine à 3800 mètres . En face de nous se dévoile une magnifique chaine
de mont neigeux d'où descendent de petits glaciers: parmi eux nous
identifions le pic Lénine , qui culmine à plus de 7100 m d'altitude .
Après avoir franchi le sommet du col nous descendons vers de hauts
plateaux herbeux où de nombreux troupeaux pèssent tranquillement .
Partout nous découvrons des yourtes fumantes à souhait : il faut dire
que le thermomètre descend jusqu'à 5 degrés au cours de l'ascension .
C'est magnifique ces combes herbeuses qui dorent au soleil couchant avec
en toile de fond cette majestueuse chaine toute blanche !















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