A la réunion d'hier soir , nous avons encore droit aux
recommandations de prudence quant à nos rapports avec les ouïghours
aussi bien de la par de Philippe que de Yang .Il n'y a pas moyen de
savoir ce qui se passe à Asku en tout cas .Tout ce que nous savons,
c'est qu'il faut éviter la ville et nous réglons les GPS en conséquence
. De notre côté, partout nous avons constaté la présence de flics
casqués , armés jusqu'aux dents et équipés de boucliers anti-émeutes
dans les halls d'hôtel . En ville ils portent une matraque très
particulière qui n'a rien à voir avec le morceau de caoutchouc de chez
nous : celles-ci sont en métal et ressemblent aux casses-têtes de nos
preux chevaliers du Moyen Age . Elles servent aussi d'étui, à un sabre
dissimulé à l'intérieur, un peu comme la canne-épée que nous connaissons
. Et en y regardant de plus prés lors de la visite des grottes hier ,
nous avons bien l'impression que cette arme redoutable peut également
distribuer des décharges électriques à l'occasion ! En plus de ces
forces de l'ordre omni présentes , des camions de l'armée bourrés de
soldats en tenue de combat sillonnent la ville de Kuche en tous sens .
Une violente pluie nous réveille à 4h00 du matin , nous
obligeant à nous lever prématurément pour fermer porte et fenêtres
restées grandes ouvertes à cause de la chaleur . Résultat à 4h30 , me
parvenant pas à me rendormir , je descends mettre mon blog à jour malgré
la nuit noire qui nous entoure . Puis je porte le café à Dominique
restée au lit ,histoire de la motiver à démarrer de bonne heure, étant
donné qu'une très grosse étape nous attend . Ce n'est pas très agréable
de faire le plein d'eau à la lampe torche et sous la pluie ; sans
compter le prolongateur électrique plein de boue qu'il faut bien lover
pour le faire rentrer dans son petit étui !
A 7h00 tapantes le moteur des trois campings-cars ronronnent .
C'est bien la première fois que nous démarrons de nuit : heureusement
que nous sommes samedi et quand conséquence la circulation est fluide .
Notre premier souci est de trouver une station service ouverte car il
n'est pas question d'affronter plus de sept cent borne de désert sans
biscuit . Ensuite nous trouvons relativement facilement la bretelle de
la G3012 et il n'y a plus qu'à se laisser glisser vers l'ouest . Une
bonne heure plus tard , les premiers rayons de soleil font rosir la
chaine de petites montagnes pelées qui barre notre horizon sur la droite
. Le spectacle est magnifique avec le premier plan de sable et de
touffes d'herbes resté encore dans la pénombre . Très vite la monotonie
du désert s'installe au point que nous en profitons un peu pour faire le
bilan de notre périple en Chine qui touche déjà à sa fin . Et oui ça
fait quasiment un mois que nous foulons le sol de l'Empire du Milieu
d'Est en Ouest . Hormis les grands classiques comme La Grande Muraille ,
la Cité Interdite ou l'Armée d'Argile que nous connaissions déjà , nous
avons beaucoup aimé le pittoresque de Pingyao avec ses ruelles bordées
de petits magasins et ses jolis remparts . Le parc de Danxia pour son
originalité et sa rareté avec ses montagnes bariolées et zébrées de
toutes les couleurs .Les hauts plateaux herbeux du Tibet dominés par
des col à prés de 4 000 mètres d'altitude que nous avons franchi avec
prudence et beaucoup de plaisirs . Et toutes ces terrasses cultivées qui
descendaient en gradins depuis le sommet des montagnes jusqu'au plus
profond des vallées pour nous offrir un magnifique patchwork .Et toutes
ces gorges qui nous ont offertes une multitude de particularités
géologiques : ici une alternance de falaises et de dunes , là un chaos
effroyable de tables rocheuses disposées dans tous les sens possibles et
imaginables . C'est vrai , nous en avons plein la tête et il faudra je
pense un certain temps pour que tout cela décante .
A peine sortons-nous la tête de ce catalogue idyllique que
notre attention est attirée par une magnifique chaine de monts neigeux
qui barre l'horizon sur notre droite . Devant elle ,une autre ligne de
montagnettes celle-là, tente de se faire remarquer en arborant des
couleurs très vives, allant de l'orange éclatant au rouge flamboyant .
Dommage que tout ceci soit bien difficile à photographier avec ce ciel
trop clair qui donne un effet de contre-jour !
Plus loin , c'est l'apparition brutale de champs de maïs , de vignobles
et de haies de peupliers au milieu de cette immensité sableuse qui crée
la surprise . En fait cette oasis de verdure annonce l'arrivée de la
fameuse ville d'Asku que nous devons éviter à tout prix . Ce 'est pas
une grande perte à en juger par ces immenses tours à moitié cachées
derrière de gros nuages de pollution .
Après l'arrêt technique quotidien pour la vidange des eaux
grises , Dominique prend le relai , histoire de fractionner au maximum
cette journée marathon . Un peu plus loin sur notre gauche, nous
croisons un troupeau ou plutôt une file indienne de chameaux sauvages
batifolant entre les grosses touffes d'herbes qui parviennent à braver
le sable . Ils ont l'air de s'amuser comme des petits fous à se
poursuivre ainsi les uns les autres . Vers 12h30 nous décidons de faire
le plein de gasoil et de profiter de la station service pour casser la
croute . Malheureusement pour nous les citernes sont vides et la
prochaine station est distante de plus de cent bornes . Bien que notre
autonomie indiquée sur le tableau de bord soit de 90 km nous décidons de
tenter le coup après le repas . Un groupe de cinq flics chinois
s'invitent à bord pour prendre des photos et disparaissent aussitôt leur
reportage fini !
C'est donc en serrant les fesses que je reprends le manche en
début d'après-midi : pour réduire notre consommation au maximum , je
mets le régulateur de vitesse sur 90 . Malgré toutes ces précautions
nous sommes obligés de nous arrêter à 20 bornes du but pour compléter le
niveau de gasoil avec la nourrice de peur de désamorcer la pompe . Par
chance la station service visée est ouverte et alimentée en carburant :
ouf !
Complétement déstressée , Dominique reprend le volant pour
terminer les 150 bornes restantes pendant que je tape le blog ,en
regardant malgré tout le paysage , redevenu magnifique à cette endroit ;
les montagnes qui barrent l'horizon à droite, se mettent en quatre pour
nous offrir un spectacle technicolor de grand style : des coulées d'ocre
entourent des promontoires déclinant le gris bleuté comme jamais pour
atterrir dans un champ de bosses aux mille nuances de jaune . Par
endroit des bouquets de tamaris viennent ajouter leur petit grain de sel
de leur délicat feuillage vert et mauve . Puis nous voilà à nouveau aux
prises avec un barrage de police ; c'est bien le sixième depuis ce matin
! Nous quittons ensuite la G3012 pour entrer dans Kashgar qui grouille
de monde à cette heure . Au péage la caissière veut nous faire payer 129
yuans alors que Marc et Serge n'ont donné que 104 : je suis obligé
d'aller chercher leurs tickets de caisse et faire intervenir deux flics
pour qu'elle se décide à ouvrir sa barrière à contre-coeur . Le GPS
chinois nous amène directement à l'hôtel Bangchen alors que le Garmin a
la tête à l'envers aujourd'hui !
Comme il n'est que 16h30 , nous décidons une fois l'électricité
installée, d'aller faire quelques courses de bouche malgré les 32 degrés
à l'ombre, bien tassés ! Après avoir arpenté l'avenue devant l'hôtel sur
un ou deux kilomètres , nous parvenons à trouver du Nescafé , de la
confiture et même de la bière : pas facile en pays musulman ! Nous
tombons également sur un petit bureau de la Bank of China où nous
retirons deux cent yuans pour compléter le plein de gasoil de demain .
Nous rentrons ensuite, juste pour la réunion du soir et le pot des deux
Claire qui arrosent leur fête !













Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire