Aujourd'hui nous n'aurons pas le petit mot de Rousman , parti
à Tashkent hier après midi pour l'anniversaire de son épouse . Pour cela
il prend le train à grande vitesse acheté aux Espagnols car la largeur
des voies ouzbeks leur correspond mieux, celle du TGV français étant
trop importante . Il met deux heures pour faire les 400 kilomètres qui
nous séparent de la capitale . Libéré des contraintes du blog terminé
hier , je peux me consacrer pleinement à la corvée d'eau qui est sévère
car çà fait trois nuits que nous sommes à Samarcande : il ne faut pas
moins de huit jerricans de 20 litres pour faire le plein de la réserve :
si ça me gonfle un peu ,cela fait au moins le bonheur de la petite
chienne de l'hôtel ,qui s'est lié d'amitié avec nous ,car elle se sent
obligé de m'escorter lors de chaque aller et retour . Comme je l'ai
défendu précédemment contre une troupe de mâles , c'est amusant de la
voir bomber le torse en les toisant du regard lorsque nous les
rencontrons lors de nos vas et viens . Nous prenons ensuite le petit
déjeuner dehors, sur le salon de jardin dans la pelouse : c'est royal
car le thermomètre est juste à 25 degrés : pour la première fois
aujourd'hui nous goûtons le lait et la confiture de ketchs ouzbeks . Un
rapide petit tour dans le hall de l'hôtel pour profiter une dernière
fois de la wifi et nous voilà prêts à partir.
Enquillés comme nous sommes jusqu'au pied de l'escalier du perron
,la manoeuvre est délicate surtout qu'il faut slalomer en marche arrière
entre deux autres camping-cars ! Puis arrivés au bout de l'allée
principale , il faut remettre çà pour tourner à angle droit avec un
profond caniveau d'un côté et un véhicule de l'autre! Par contre la
sortie de Samarcande ne nous pose aucun problème avec le GarmIn qui
veille au grain .C'est avec un pincement au coeur que nous quittons
cette ville mythique, où il fait bon vivre , un peu comme les
caravaniers de la Route de la Soie qui retrouvaient l'aridité du désert
après les douceurs de cette oasis au parfum d'épices . Et puis cette
petite brise rafraichissante qui vient vous caresser pour mieux
supporter la touffeur de l'après midi, en attendant que la fraicheur de
la soirée s'installe jusqu'au petit matin . Sans compter avec la finesse
de ses joyaux architecturaux nichés dans des îlots de verdures . Pas
étonnant que Samarcande est fait tourner la tête à temps de voyageurs et
fait rêver tous les amateurs de livres de voyage . Dès la sortie de la
ville , nous nous lançons dans l'interminable traversée d'une plaine
cotonnière , monotone au possible :on commence à voir quelques paysannes
en commencer la récolte armées d'un grand sac de toile blanche qu'elles
portent sur le dos .Leurs mains agiles courent de branches en branches
pour arracher d'un geste furtif les précieuses boules de neige .On voit
aussi quelques champs de maïs qui viennent rompre l'uniformité
cotonnière .Des vaches batifolent un peu de façon anarchique dans les
champs déjà récoltés à la recherche des mauvaises herbes qui envahissent
les sillons ;
Au bout de vingt bornes , faute d'irrigation sans doute , le
désert reprend ses droits, limité toutefois sur la gauche par une petite
chaine de monts pelés . L'état de la route devient franchement très
mauvais , avec alternance de bosses et d'ornières très profondes dans
lesquelles le camping-car rebondit en gémissant de partout .Puis c'est
une zone de tôle ondulée où la carlingue toute entière entre en
vibrations au point que notre voix chevrote lorsque nous tentons de
parler ; je dis bien tentons ,car ça n'en vaut pas la peine, tant le
fond sonore est violent . Pour couper un peu le supplice et aussi pour
permettre à Marc et Serge de nous rattraper, nous arrêtons sur un petit
marché pour acheter des galettes de pain et un melon . Ne les voyant
toujours pas arriver , nous décidons de continuer en trainant des quatre
fers jusqu'aux vestiges d'un ancien caravansérail , c'est à dire d'une
auberge pour les caravaniers de la Route de la Soie : il en reste le
portail principal, richement décoré de jolis motifs de briques et le
soubassement du mur des chambres . En face, on voit encore l'immense
réserve d'eau , cristalline , couverte d'une superbe voûte en briques
qui en maintient la fraicheur et la propreté : c'est émouvant de penser
qu'il y a quelques siècles ,les caravaniers venaient y remplir leurs
outres et y faire boire leurs chameaux avant de repartir affronter la
sécheresse du désert . Nous décidons de rester là pour manger en
attendant Marc et Serge toujours pas en vue ! Cela commence à nous
inquiéter surtout qu'en plus, nous avons eu le temps de tenter de faire
le plein dans deux pompes à essence dépourvues de gasoil et même de
faire un tour dans Navoiy , une petite ville sur la route, recommandée
par le road-book . Ouf ! nous les voyons arriver juste au dessert : en
fait ils ont aussi été à la pêche à la station service et se sont
arrêter dans un supermarché .
Comme d'habitude Dominique reprend le manche en début d'après
midi avec 50 bornes de routes défoncées pour aller visiter un atelier de
céramique à Gijduvan , également recommandé par Rousman car ici ils
travaillent l'argile depuis 7 générations et respectent les motifs de
décoration traditionnelle . Nous assistons au tournage de grosses pièces
et à la décoration des poteries une fois polies et enduites d'une couche
de kaolin ; le secret de leur fabrication est d'inclure dans 40 kg
d'argile un kilo de fruit du jonc . Ici il n'y a qu'une cuisson à 1050
degrés contrairement à la céramique de Rishtan qui était cuite deux fois
. Pour chauffer le four, ils utilisent les branches des pieds de cotons
séchés . Les motifs réalisés sont magnifiques et nous craquons pour un
second grand plat , beaucoup moins cher d'ailleurs ,à 65 euros au lieu
de 120 à Rishtan , abaissé à 100 après marchandage .
Nous trouvons ensuite une station approvisionnée en gasoil pour
terminer les 60 bornes restantes sur une route particulièrement défoncée
où j'ai toutes les peines du monde à taper le blog sur l'ordinateur .
L'entrée dans Boukkhara se révèle relativement facile avec l'aide du
Garmin .Comme prévu ,nous nous installons vers 17h00, dans la cour
poussiéreuse d'un entrepôt de bus désaffecté .On a beau être prévenu ,
c'est dur quand même par 35 degrés à l'ombre . Un peu de blog et de
transfert de photo , un peu d'installation électrique et c'est déjà
l'heure de la réunion ! Ce soir Roger a sorti le barbecue et nous invite
à en profiter : nous lui confions la cuisson de deux barons ouzbeks un
peu coupés à la machette et nous terminons la soirée en mangeant
ensemble dehors, dans le noir total, devant les camping-cars éclairés .














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