mardi 2 août 2016

ppi étape 58 le 2 août 2016 Xiahe-Xining 300 km

Pour notre première nuit au Tibet , nous avons eu besoins de la
couette qui était rangé dans l'autre lit depuis bien longtemps : le
thermomètre intérieur affiche 11 degrés ce matin . On voit que nous
sommes à plus de trois mille mètres d'altitude ; nous nous sentons
d'ailleurs un peu essoufflés depuis hier soir et il y en a même qui se
sont plaint de maux de tête au point de prendre un peu d'Aspegic .
Pourtant nous avons monté en altitude très progressivement : 1300 m à
Pinglang avant hier , 2000 m à Xuzhong hier et 3000 m aujourd'hui à
Xiahe . Quel bonheur de se réveiller au milieu de la steppe , entouré
d'un cirque de montagnes couvertes d'herbes rases . Plissées par
l'érosion comme les bord d'une nappe , les monts font jouer la lumière
chaude de l'aube en dessinant une succession d'ombres triangulaires .Je
ne résiste pas longtemps au plaisir d'aller tirer quelques clichés de
tout ça avec en premier plan un groupe de tentes de bergers tibétains .
Comme aujourd'hui il n'y a pas d'autoroute et que nous devons
emprunter un tronçon de piste , nous préférons partir de bonne heure .
En effet Philippe veut nous faire prendre une route qui n'existe pas
encore sur les cartes, mais qui permet de couper dans l'angle et de
faire gagner plus de 150 bornes à condition d'accepter quelques tronçons
sans macadam . Nous arrivons à décoller vers 8h00 , notre premier
soucis étant de trouver une station service . Après avoir arpenter Xiahe
dans tous les sens , nous revenons bredouille ; nous décidons de prendre
le risque d'affronter deux cols à plus de 3500 m pour atteindre Tongren
situé à 100 km d'ici . Grâce au point GPS donné par Philippe hier soir
, nous trouvons l'embranchement de la future route. Cela commence très
fort avec une piste de terre battue pleine de profondes ornières :
j'espère qu'il ne nous a pas encore monté un plan foireux comme il sait
faire ! Ensuite nous sommes bloqués un bon quart d'heure à l'entrée
d'une zone de travaux où ensuite il faut slalomer parmi de gros engins
pour enfin retomber sur une piste très poussiéreuse mais relativement
plate . Arrivés à mi-pente du premier col, une épaisse fumée blanche se
met à sortir de notre pot d'échappement , c'est impressionnant !
Résultat , je quitte la boite automatique pour mettre en troisième
manuelle et j'accélère comme un malade au grand mépris de la tôle
ondulée qui s'offre à nous et de la poussière . En maintenant le
moteur à 3500 tours/minute comme me l'avait conseillé Jean-Yves la fumée
disparait au bout de quelques minutes . A 80km/h dans les bosses , je ne
vous explique comment la vaisselle chahute dans les placards , on ne
s'entend plus à bord . Une fois le problème mécanique réglé ,nous
pouvons enfin apprécier la beauté des montagnes qui nous entourent .
Nous nous enfonçons alors dans un étroit défilé où un énorme troupeau de
chèvres semble accroché à la pente herbeuse pourtant très raide à cet
endroit . Arrivés au sommet du col, nous arrêtons sur un petit parking
pour admirer le paysage à 360 degrés . Sur chaque mamelon les
bouddhistes ont planté des perches de bois de 4 à 5 mètres de hauteur
auxquelles ils attachent des guirlandes de fanions multicolores formant
ainsi une espèce de tente d'indien qui se déforme avec le vent .
Comme la descente se révèle assez raide , je suis obligé de
mettre la boite en manuel pour utiliser le frein moteur en troisième ;
on sent que les 5 tonnes du camping-car poussent sérieusement . Après
une série de grands lacets ,nous nous enfonçons dans d'étroites gorges
très sinueuses . A la sortie d'un virage , nous nous retrouvons nez à
nez avec un gros 4x4 entrain de doubler tranquillement sans aucune
visibilité . Comme j'ai beaucoup de mal
à piler , nous nous évitons de justesse . Encore une violente décharge
d'adrénaline ! Ils sont vraiment fous c'est Tibétains au volant . Nous
apprenons le soir qu'un des nôtres a été victime d'un accrochage et
qu'il a dû donner 500 yuans pour avoir la paix . Résultat je balance un
bon coup de sirène à chaque virage qui fait écho sur la montagne ,
histoire de calmer l'ardeur des "trompes-la-morts" tibétains . La beauté
des paysages nous oblige à faire de fréquents arrêts photo malgré
l'étroitesse de la route . A peine arrivés au fond de la vallée où coule
un petit torrent impétueux , nous ré-attaquons aussitôt la montagne
pour grimper le second col dans la foulée . Un peu avant le sommet nous
tombons sur un immense troupeau de yaks dont les longs poils trainent
jusqu'au sol . Un peu plus loin , c'est une bergère qui attire notre
attention car elle est vêtue d'une longue robe serrée à la taille par
une ceinture décorée de gros grelots . Elle porte un chapeau à larges
rebords et a le visage caché par un grand foulard . Nous traversons
ensuite un immense plateau herbeux où bon nombre de pastoureaux ont
planté leur tente ou leur yourte . Reste un dernier raidillon et nous
atteignons le col qui culmine à 3643 mètres d'altitude .
Là aussi, il faut observer la plus grande prudence dans la
descente pour ne pas mettre les freins en surchauffe . Arrivés à
mi-pente nous tombons sur Tongren et sa station service tant attendue .
Nous profitons de la proximité des commerces pour faire quelques courses
. Je trouve des piles pour l'appareil photo et en cherchant du fromage
Dominique repère même du tissus aux motifs chinois . Dès que nous
sortons de la petite ville , nous traversons des villages aux maisons
faites de pisés et au toit plat en terrasse ; elles sont le plus souvent
entouré d'un enclos aux murs d'argile également où sèchent des meules de
paille et de foin . Au dessus de nos têtes la montagne a changé du tout
au tout ,L'herbe rase a disparu pour laisser place à la roche qui nous
offre toute une gamme d'ocres qui va jusqu'au rouge vif et au pourpre
.L'érosion a creusé profondément les falaises, laissant derrière elle
des éperons rocheux aigus qui pointent vers le ciel , des cavernes et
de profonds canyons tortueux à souhait . C'est magnifique , résultat
nous multiplions les arrêts photos , ce qui n'est pas pour améliorer
notre moyenne . La route s'enfile ensuite dans de larges gorges où nous
trouvons un coin au bord d'un lac entouré de falaises multicolores pour
casser la croute car il est déjà 13h30 .
Dominique reprend le volant vers 14h30 ; nous ne trainons pas
car il reste plus de 150 bornes et il commence à faire très chaud ici
avec les rochers qui renvoient la chaleur . Nous continuons à suivre le
torrent devenu très gros maintenant ; d'après la carte , il s'agit d'un
bras du Fleuve Jaune . Dans les larges méandres où l'eau est beaucoup
plus calme ,on voit de grands filets circulaires dans lesquels sont
élevées des carpes . En avançant encore un peu on découvre l'énorme
chantier d'un immense pont suspendu par deux piliers vertigineux : c'est
là que l'autoroute va franchir le fleuve et on comprend pourquoi nous
n'avons pas pu l'emprunter . Une autre raison est que la hauteur des
véhicules est limitée à 2,80 mètres sur les tronçons déjà en service .
Dès que nous nous retrouvons dans la vallée , c'est pour assister à la
moisson des blés et de l'orge un peu partout dans de petits champs où la
plupart des paysans travaillent encore à la main , battage compris .
Avec quelques difficultés dûes aussi bien au GPS Chinois qu'au
Garmin, nous finissons par trouver la G6 qui nous mène à Xining après
avoir traversé plusieurs zones très urbanisées . L'arrivée au parc
Nanshan où nous devons passer la nuit réservent quelques surprises à une
bonne moitié des ppistes sous-motorisés car la pente de la dernière
rampe dépasse largement les 15% ; les uns calent et coupent l'élan des
autres , certains ont carrément besoin d'être remorqués par le 4x4 de
l'assistance , tous ça pour finir sur un parking poussiéreux ,très
bruyant et en plein soleil . Il faut attendre 19h00 pour intégrer le
stationnement définitif à l'intérieur même du parc Nanshan et à l'ombre
cette fois .

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire