A la réunion d'hier soir , Philippe nous annonce un petit
changement de programme, concernant les deux prochains jours ; en raison
de l'insécurité ambiante en pays ouïghour , les autorités d Aksu ,
prochaine ville étape sur notre parcours, refusent de prendre le risque
de nous héberger demain . En conséquence , nous irons voir les grottes
de Kizil et nous rentrerons sur Kuche pour y passer une seconde nuit .
Le problème c'est qu'il faudra rejoindre Kashgar en une méga étape de
750 km le lendemain ! Pour les mêmes raisons de sécurité , nous ferons
la route des grottes en convois . Voilà une tirade qui nous refroidit un
peu en début de soirée . Une autre chose nous chagrine également ;
c'est la présence d'un gars , pas très sympathique d'ailleurs ,sur tous
les lieux où nous pouvons aller .Philippe a beau dire que c'est un ami
d'enfance qui voyage avec lui , nous n'en croyons pas un mot : il a
d'avantage l'allure d'un flic en civil venu surveiller tous nos faits et
gestes, et d'ailleurs il est sans arrêt entrain de faire son rapport à
ses supérieurs par téléphone . Encore une fois , je ne pense pas que ce
soit de la paranoïa de notre part !
C'est bon ce matin de pouvoir faire la grasse matinée jusque
7h15 et de pouvoir prendre le café au lit . Il faut malgré tout, que je
m'occupe un peu du blog car hier après midi avec les courses et le
piscine , j'avoue avoir un peu mis mes obligations de côté ! Dominique a
juste le temps de prendre une douche et de mettre un peu d'ordre à bord
avant le départ prévu à 9h00 . Comme nous devons revenir ici pour dormir
, nous prenons la moitié des véhicules . Marc et Monique vont avec
l'autre Pierre . Quant à nous, nous montons dans le fourgon de Serge et
Marie-Dominique. C'est donc en file indienne derrière le 4x4 de
secours, tous warnings allumés , que nous sortons de l'hôtel escortés
par la police jusqu'à la sortie de la ville . Nous repérons au passage
de belles galettes toutes fraiches vendues par de petits marchands de
fruits, installés à l'ombre des peupliers le long de la route .
Dès la sortie de la ville ,la route s'enfonce dans d'étroites
gorges ,vaste témoin d'un cataclysme géologique datant au moins du
quaternaire : ici les couches de roches ont été brisées comme de
vulgaires gaufrettes dont les miettes auraient été mises sans dessus
dessous par un violent courant d'air : on a beau regarder de prés , on y
comprend plus rien , les tables rocheuses les plus hardies se dressant
droit vers le ciel . La pierre , pourtant monochrome , nous offre un
dégradé infini d'ocres rouges . Ici nous sommes à cent pour cent dans
un monde minéral , pas l'ombre d'une brindille pour oser me contredire !
Nous serpentons la dedans pendant une bonne demi-heure avant de
déboucher dans une vaste plaine désertique, où le sable permet quand
même la survie de quelques touffes d'herbes et un certain nombre de
petits bouquets de tamaris . Au fond , tout là-bas , derrière une
première chaine de petites montagnes pelées se dresse l'imposante
barrière neigeuse de la "Montagne Céleste". Bien que la lumière de fin
de matinée soit un peu vive, je tente quand même quelques clichés .
Après avoir essuyé trois barrages de police où Yang court
faire "pattes blanches" , nos passeports à la main , nous franchissons
un petit col ,pour plonger ensuite sur l'autre versant, vers une
magnifique oasis :ici , l'eau d'une rivière aux larges méandres fait
aussitôt des miracles en rendant luxuriante la végétation de cet îlot
végétal au beau milieu du désert . C'est là que les nomades de la Route
de la Soie ont choisi d'excaver la falaise de plus d'un millier de
grottes au début du premier millénaire : en effet ce site est beaucoup
plus ancien que celui de Magoa qui datait des Tangs (VIIème siècle) à
Dunhuang . Celui de Kizil date de l'arrivée du bouddhisme en Chine, venu
d'Inde au premier siècle de notre ère . Aussi, la conservation des
fresques est moins bonne, d'autant qu'un tremblement de terre a emporté
la première pièce , c'est à dire le vestibule , de chaque caverne ,
mettant à la merci des intempéries les peintures des deux pièces
principales . Puis l'homme aussi a montré qu'il pouvait être un grand
prédateur : il y d'abord eu les dégradations perpétrées par les
musulmans venus de Turquie , puis celles des explorateurs étrangers
surtout en la personne d'un historien allemand qui a ramené pas mal de
fresques au musée de Berlin , bombardé pendant la Seconde Guerre
Mondiale . La plupart de ces chefs-d'oeuvres retracent la vie de Bouddha
en utilisant les pigments locaux : le lapis lazuli pour le bleu , le
turquoise et le sépia en sont les principaux . Des effets de relief
sont également rendus en assombrissant les motifs postérieurs et en
éclaircissant les sujets de devant : pas mal pour des peintres d'il y a
deux mille ans .
Il est déjà plus de 13h00 lorsque nous quittons le site pour
rentrer directement au campement . Bien qu'il fasse très chaud , nous
préférons manger à l'intérieur du camping-car où nous parvenons à
établir un courant d'air, plutôt que de nous installer sous l'auvent et
de supporter l'épaisse couche de poussière qui recouvre le parking .
En sortant de table à 16h30 , on ne peut plus prétendre à
faire grand chose : pendant que Dominique termine la lessive et commence
le plein d'eau , je mets à jour le blog et le transfert des photos .
Malgré tout, il faut se dépêcher pour pouvoir aller à la piscine avant
la réunion : comble de malchance, la taulière refuse de nous laisser
entrer sous prétexte que nous n'avons pas de chambre à l'hôtel alors
qu'hier elle nous a accepté, et avec le sourire encore : ils sont
vraiment désagréable ces ouïghours !
Grâce aux conseils de plusieurs d'entre nous , nous décidons
d'aller manger au resto ce soir avec Serge et Marie-Do : il parait que
le buffet de l'hôtel est excellent . Effectivement , les entrées sont
très variées et plutôt sympathiques . La bière , fraiche, ce qui est
rare en Chine , est à volonté et surtout voilà bien longtemps que nous
n'avions pas mangé de la viande en tranches et du poisson entier grillé
de la sorte . Il est vrai qu'avec les excès de chaleur que nous
supportons depuis 3 semaines maintenant , nous nous sommes souvent
contentés d'une salade et d'une boite de thon ou de maquereaux !
J'espère qu'après un tel repas, nous allons bien dormir car demain il
faut se lever très tôt avec une étape de prés de 750 bornes au programme .















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