mardi 9 août 2016

ppi étape 64 la 8 aôut 2016 Hami-Turpan 400 km

Il fait 20 degrés ce matin dans le camping-car ; je ne vous
explique la nuit de compétition que nous écrasons jusqu'à 6h30 alors
qu'il fait déjà 30° dehors . Et puis il fait noir tard maintenant que
nous avons parcourus plus de 3000 km vers l'ouest depuis Pékin :
contrairement aux Russes ,qui ont découpés leur immense pays en 8
fuseaux horaires , les Chinois vivent tous à l'heure de la capitale ! Et
ici , en pays islamistes , les gens commencent le travail beaucoup plus
tard , à 10h00 du matin au lieu de 8h00 dans toutes les autres provinces
d'après Philippe . C'est donc aussi à cause du calme ambiant que nous
avons pu dormir plus longtemps :en effet ailleurs ,dès cinq heures , les
employés d'hôtel habituellement balayaient déjà le parking en piaillant .
Ce matin, c'est grand luxe ; nous octroyons un bon petit
déjeuner au lit, avec un restant de gaufres liégeoises retrouvées par
bonheur hier en rangeant les placards, suivi d'une méga-douche car nous
avons de l'eau à profusion .
Ensuite il faut quand même travailler un peu : donc petite corvée d'eau
comme il se doit , puis démontage du branchement électrique au tableau
prêté par l'hôtel et réfection du prolongateur qu'il a fallu démonter
hier et nous voilà prêts à attaquer l'étape de Turpan , tant redoutée !
A la réunion d'hier soir , Philippe nous a encore dit que nous arrivions
demain dans la région la plus chaude de Chine, pour plusieurs raisons :
sa proximité avec le désert de Gobi d'abord et en suite il faut savoir
qu'à Turpan on se trouve à 153 mètres en dessous du niveau de la mer ,
ce qui fait que l'été il n'est pas rare que le thermomètre atteigne 55
degrés à l'ombre ! Heureusement , il parait que le parking de notre
hôtel est à l'ombre de vastes tonnelles couvertes de vignes : en effet
Turpan est la capitale du raisin sec et du vin aussi . Il faut savoir
que la vigne n'existait pas en Chine avant que les premières caravanes
de la Route de la Soie ne ramènent des ceps dans leurs bagages .
Dès la sortie de Hami, qui ne pose d'ailleurs aucun problème
de circulation , nous retrouvons la G30 pour continuer notre
progression vers l'ouest . Le ciel, plombé depuis ce matin, donne des
reflets grisâtres au jaune du sable du désert . Ici , pas le moindre
mont , pas la moindre dune pour limiter l'horizon, devant nous c'est
l'immensité , c'est l'infini , juste le bleu très sombre du ciel qui ose
s'y poser, tout là-bas . Rapidement , nous récupérons la pluie :
aussitôt le thermomètre, pourtant déjà à 32, dégringole jusqu'à 14,5
degrés . Il y a bien longtemps que nous n'avons pas eu cette chance !
Brutal le changement , ça fait quand même trois fois moins que les 45
degrés d'hier après midi ! Nous longeons maintenant ce qu'on croit être
un cimetière musulman, avec des tas de sable d'un bon mètre de hauteur,
éparpillés un peu partout dans l'immensité ; certains sont dotés d'une
stèle gravé , d'autres d'une simple pierre dressée plantée dans le sol .
Pas une plante , pas une fleur , c'est vraiment très dépouillé . Une
chose nous intrigue un peu : c'est de voir des flics inspecter des
maisons abandonnées comme s'ils cherchaient d'éventuels squatters
indésirables , voir peut-être des terroristes ouïghours !
Un peu plus loin, nous retrouvons comme hier, une zone très
sombre , dont le sol ressemble à du schiste, déposé en petits tas
irréguliers . Des touffes d'herbes jaunes paille s'éparpillent dans les
creux et offrent un joli contraste avec le gris anthracite des monts .
La pluie crée rapidement des marres d'eau un peu partout
quand ce n'est pas de petits ruisseaux qui cascadent entre les pierres ;
ça va faire le bonheur de la végétation et des animaux sauvages en tout
cas . Après nous être débarrassés des eaux grises , Dominique prend le
volant . Nous décidons de sortir à Shanshan pour prendre une petite
route secondaire , histoire d'aller visiter le petit village de Tuyuk ,
recommandé par Philippe hier soir . A l'approche du village nous sommes
surpris de traverser un vignoble aussi important . Les vignes,
maintenues très hautes , courent sur des sortes de tonnelles ou sur des
fils accrochés sur de grandes perches de bois . Comme ici le raisin se
consomme sec , les autochtones ont construits une quantité industrielle
de séchoirs , de forme rectangulaire en briques , en ayant soin de
ménager de nombreuses aérations : c'est assez joli ces murs en dentelle
d'argile . Nous en profitons pour acheter du pain cuit au feu de bois
sous forme de grandes galettes . A la sortie de Shanshan, la petite
route est coupée au bout de trois à quatre kilomètres par un énorme tas
de terre ; il faut se résoudre à faire demi et reprendre la G30 .
Nous ressortons de l'autoroute , une dizaine de bornes plus
loin, et cette fois nous sommes récompensés car nous tombons sur un
panneaux marron , réservé aux curiosités touristiques , sur lequel nous
parvenons à identifier les idéogrammes de Tuyuk . La route s'enfonce
aussitôt dans d'étroites gorges, où la nature s'est mise en quatre pour
nous satisfaire . C'est ce qu'a appelé Philippe hier soir, la "Montagne
Flamboyante", à en juger par la déclinaison d'ocres rouge dont s'est
drapée la montagne . L'érosion s'est surpassée en plissant , en tordant
les monts, dans tous les sens, comme de la vulgaire pâte . Et puis
l'eau, avec sa force ,en a creusé les soubassements en un réseau
inextricable de petits canyons . Plus haut au dessus de nos tête , des
éboulis ont dessiné d'immenses hiéroglyphes sur des pans complets de
montagne , en roulant plus ou moins loin dans la pente . Nous
multiplions les arrêts photos au point que nous mettons plus d'une heure
pour parcourir les 10 bornes qui mènent à Tuyuk .
Des habitations troglodytes encore habités nous obligent à approcher du
vide pour pouvoir les admirer tant elles sont accrochés à la paroi tout
au fond du canyon principal . Et puis tout à coup , à la sortie d'un
virage , nous voilà en pleine verdure , au milieu d'importants vignobles
: curieux contraste après 10 kilomètres de spectacle cent pour cent
minéral !
Tuyuk s'est abrité dans un creux de la montagne au bord d'un
petit torrent , niché autour de sa mosquée : ici toutes les maisons sont
en argile ,même les clôtures en briques ajourées aussi ! L'ocre de la
terre , le vert de la vigne , il n'y a que deux couleurs dans le paysage
. Après un mitraillage photo en règle, nous décidons de manger sur le
parking qui surplombe le village . En fait je devrais dire trois
couleurs , car il y a le jaune des grains de raisin qui sèchent à même
le sol , devant les maisons . Partageant également la devanture,nous
remarquons un peu partout un grand lit de pour quatre ou cinq personnes
où il n'est pas rare de voir plusieurs autochtones se prélasser en
attendant que le raisin sèche , sans doute!
C'est en trainant des quatre fers que nous reprenons la route
de Turpan où nous nous installons une fois de plus sur le parking d'un
hôtel dépourvu d'ombre , du moins pour les derniers arrivés comme nous !
Je suis obliger de bidouiller un montage électrique avec Serge pour
pouvoir brancher clim et frigo bien qu'aujourd'hui la situation soit
très acceptable avec un thermomètre à 32 degrés .
Après la réunion , notre camping-cariste chinois fortuné nous
invite à un diner spectacle un peu improvisé dans un village ouïghour,
où il possède un vignoble : il nous transporte à bord de leurs véhicules
et de quelques camionnettes louées pour la circonstance . Comme il a
décidé de faire les choses en gran il a fait venir une troupe
folklorique qui nous montre leurs ballets pendant que nous mangeons sous
une vaste tonnelle couvertes de vignes .
Et bien sûr , nous goûtons son raisin qui a la particularité d'être
dépourvu de pépin , ce qui est très agréable .En forme d'olive , il se
révèle excellent . Comme il est musulman , il fait du vin sans alcool
que nous goûtons également. Après les remerciements d'usage et aussi les
adieux car c'est à Turpan que nos routes se séparent , il nous fait
ramener au campement vers minuit .

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