Hier soir , nous avons été contrarié par la mésaventure de
l'un des nôtres : alors que Bernard et son épouse Martine faisaient des
courses en ville , il a été amené à enjamber un petit gamin de trois ou
quatre ans sur le trottoir .La mère complétement hystérique , l'a
aussitôt accusé de perversité et les a suivi jusqu'au campement où elle
s'est mise à hurler et à appeler la police . Heureusement que Philippe
et Yang , nos guides chinois ont pu s'expliquer avec les flics et calmer
le jeu avec quelques excuses et peut-être un bakchich , je ne sais pas !
Une telle histoire survenant à un voyageur indépendant , il se retrouve
en cabane pour quinze jours comme pour rigoler ! Cela donne froid dans
le dos rétrospectivement ! On voit tout de suite le mauvaise esprit qui
règne ici en pays ouïghour , que nous avions déjà constaté d'ailleurs
par nous même, dans l'attitude des employés de l'hôtel . Aussi lors de
la réunion , Philippe insiste de nouveau sur le fait de ne pas
familiariser avec eux , d'adopter l'indifférence totale pour éviter les
histoires et rappellent au passage l'épisode des deux cent victimes tués
par les terroristes ouïghours , il y a deux ans .
Enfin , ça y est l'étape tant redouté de Turpan est pliée ;
pour finir ,avec le ciel couvert du premier jour et la petite pluie de
la veille , nous avons évité le pire le second jour malgré quelques
visite en plein cagnard . Ce matin , après une bonne nuit bien fraiche
gras à la clim , nous sommes d'attaque . Après un bon petit déjeuner et
une douche froide , nous pouvons affronter les petites corvées d'usage
de début de journée ; en plus aujourd'hui il y a les plaies de Marc à
désinfecter avant le départ . Avec les hématomes qui sont sortis il a un
des deux membres inférieurs tout bleu .
A 8h00 comme d'habitude nous quittons Turpan sans trop de
difficultés de circulation pour rejoindre la G30 qui commence par
traverser une zone désertique de sable jaune, limitée à l'horizon par
une chaine de petits monts polis par le vent, sur notre gauche . A
droite, on voit en premier plan des installations de forage : est-ce
pour l'eau ,comme on a vu aux fameux puits de Karez ,ou bien s'agit-il
de prospections de pétrole, car depuis deux jours nous avons vu
énormément de "Shaddocks" osciller de la tête en un mouvement
interminable pour pomper le précieux or noir . Dominique , en insistant
du regard, finit par voir une très haute chaine de montagnes couvertes
de neige sur notre droite; d'après la carte , il s'agit de monts
dépassant les 5000 mètres . Malgré le bleu immaculé du ciel qui promet
une journée redoutable d'ailleurs , nous tentons quelques clichés de ces
géants à têtes blanches qui dénotent un peu au milieu de cette
désolation minérale . Un peu plus loin nous traversons une zone couverte
d'éolienne à perte de vue : nous n'avions jamais vu un tel rassemblement
, auparavant !
Comme prévu après une cinquantaine de bornes de plaine , nous
attaquons la montagne par l'ascension d'un col . On commence par
remonter de profondes gorges ,très sinueuses , en suivant un petit filet
d'eau qui, malgré tout, permet la prolifération d'un ruban de verdure
protégé par la fraicheur ambiante . Les hautes parois rocheuses qui nous
dominent sont recouvertes par endroit d'immenses coulées de sable jaune
du désert provenant de tout la haut : nous n'avions jamais vu cela !
C'est superbe cette alternance de falaises taillées par l'érosion et de
flancs de dunes de sable, aux pentes quasi verticales . Le jaune clair
du sable met en valeur l'ocre et le brun des rochers dans la lumière qui
parvient à filtrer depuis là-haut . Dès la sortie de cette antre
magnifique, le couloir montagneux s'élargit au fur et à mesure que la
pente devient plus rude . Les énormes camions chinois de plus de
soixante tonnes peinent et fument noir à souhait ; heureusement que
Philippe nous a dit qu'il s'agissait d'une route à sens unique et que
nous pouvons doubler sans nous soucier de ce qui vient en face !
Certains vont si lentement qu'on a l'impression de pouvoir les doubler
en marchant ! D'autres , pire encore ,sont immobilisés pour un bon
moment à en juger par les tas de pierre disposés sur la route par les
chauffeurs pour signaler leur présence .
Parvenus au sommet , nous traversons un paysage lunaire fait de
petits monticules assez pointus aux couleurs variés allant de toute une
palette d'ocres en passant par le beige pour finir au gris anthracite ;à
vrai dire ce n'est pas très joli , puis nous plongeons dans une descente
assez vertigineuse où l'utilisation du frein moteur n'est pas un luxe!
Nous traversons ensuite une haute vallée , désertique à souhait pour
attaquer aussitôt l'ascension de la chaine montagneuse d'en face . Plus
court celui-là , le second col se révèle beaucoup moins joli .
De retour au plancher des vache le thermomètre qui était
descendu jusqu'à 21 ne tarde pas à remonter à 28 degrés . Nous quittons
alors la G30 12 pour attaquer aussitôt une piste complétement défoncée
; le doute s'installe à bord bien que les GPS soient formelles .
Heureusement que nous nous faisons régulièrement doubler par des
autochtones qui nous ouvre le chemin quelquefois difficile à repérer
dans l'immensité dénudée . Après dix bornes de tape-cul nous retrouvons
l'asphalte avec bonheur pour aller jusqu'au campement sans avoir encore
vu le fameux lac de Bosten . Comme d'habitude nous nous installons
docilement sur le béton du parking de l'hôtel Jinyang dépourvu
totalement d'ombre . Malgré tout avec l'auvent nous parvenons à prendre
le repas en terrasse grâce à une petite brise qui permet de supporter
les excès du thermomètres .
Suite à un incident électrique avec odeur de cramé lors du
branchement d'une tablette à recharger , nous passons une partie de
l'après midi ,la tête dans le coffre électrique du camping-car, en
compagnie de Jean-Yves et de Jean-Luc . Malgré plusieurs coups de fil en
France chez Eza , la sanction est lourde : le convertisseur 3000 w est
en rideau jusqu'à la fin de notre périple . Nous n 'avons plus qu'à
espérer pouvoir nous brancher sur le secteur tous les soirs si nous
voulons continuer à se servir de l'ordinateur ! Pour le reste les
batteries au lithium sont toujours opérationnelles pour l'instant ! Pour
nous détendre , vers 17h30 nous allons nous baigner au lac situé à 500
mètres à pieds . Partout , les autochtones sont déjà entrain de faire
griller de gros poissons dans les petites taules sur la rive. L'eau ,
très chaude , parvient à peine à nous rafraichir , il faut une glace
pour compléter l'opération fraicheur !
Une petite ballade sur les berges et nous rentrons juste pour la réunion
du soir et le pot offert par Gérald , le toubib de l'organisation :
c'est l'occasion de goûter le vin de Turpan que nous avons acheté hier .
Le rouge se révèle buvable , le blanc sucré est un peu madérisé .













Méfiance en ce pays de liberté ! Tous aux abris!!! Gros bisous et merci pour la jolie carte ;-)
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