Pas moyen obtenir l'ombre d'un petit courant d'air cette nuit
dans la chambre du camping-car pourtant ouverte totalement sur trois
côtés,sans compter le hublot du toit .On baigne dans une chaleur humide
qui nous fait ruisseler de la tête au pied ! A 5H30 je ne tiens plus en
place , il faut que j'aille dehors : ce n'est guère mieux , l'air saturé
d'eau par la proximité de la rivière est suffoquant et le thermomètre
affiche déjà 29 degrés . Je commence par essayer de retoucher les photos
affreuses de la Grande Muraille sur Néro puis je termine le blog pendant
que Dominique finit sa nuit . Après le petit déjeuner pris en tête à
tête à bord du camping-car , je me décide à le laver car 45 jours de
route l'ont mis dans un état déplorable , surtout les derniers tronçons
de pistes en Mongolie ; il faut bien faire bonne figure , aujourd'hui
nous arrivons à Pékin ! Je crois aussi qu'il y a le plaisir de manipuler
de l'eau quand on a très chaud qui me motive . Marc m'imite aussitôt !
Michel ,qui passe par là , se moque de nous ,comme si nous étions des
forçats du boulot! Dix minutes plus tard, nous le voyons le balais à la
main et Josiane , son épouse , qui surveille le travail . Avec Marc on
ne résiste pas longtemps au plaisir de lui lancer : "ça va comme tu veux
, Michel !"Le plus drôle c'est qu'en voulant partir du camping , il
reste enlisé dans la boue :" je te l'avais dit Michel , il ne faut
mettre trop d'eau pour laver!" Malgré tout , avant de partir , on reste
là pour essayer de le pousser . Pour finir , il faut quand même le
secours du 4x4 d'assistance pour le remorquer !
A 8h15 , notre petite colonne de trois camping-cars attaque la
traversée de Yanging qui se révèle très facile étant donné qu'il y a
partout des panneaux indiquant la direction du G6 . A peine sortie de la
ville , l'autoroute s'enfonce dans d'étroites gorges, sinuant parmi de
petites montagnes aux pentes très abruptes et couvertes de végétation :
par endroit on voit même à la sortie d'un virage, ou bien après un
tunnel , des tronçons de Grande Murailles courir d'une crête à l'autre
dans la lumière chaude du matin . C'est beaucoup plus joli que ce que
nous avons pu voir hier mais il nous est impossible d'arrêter ici . La
circulation est de plus en plus dense et pourtant nous sommes encore à
40 km du but . Au fur et à mesure que nous descendons dans la cuvette de
Pékin , nous nous enfonçons dans une brouillasse de pollution
indescriptible . Après le péage je prends la roue d' une autre petite
colonne de trois autres camping-cars à la tête de laquelle se trouve
Jean-Yves , qui a déjà affronter par trois fois l'entrée homérique de
Pékin . Nous ne tardons pas à franchir le sixième périphérique dans une
cohue infernale; sur les cinq ou six voies que comporte notre autoroute
, il faut sans arrêt changer de file , pour éviter une voiture en panne
ou un camion qui peine en lâchant une grosse fumée noire . Les chinois
excellent aussi à ce petit jeu ,nous doublant un coup à droite , un coup
à gauche pour se rabattre juste à notre nez , au grand mépris de notre
convois . Nous passons maintenant au dessus du cinquième périphérique et
la tension monte à bord car il ne faut pas louper la sortie juste après
le quatrième . A l'occasion d'un nouveau péage ,c'est Serge qui prend la
tête du convois , mais grâce à sa couleur verte ,nous parvenons à ne pas
le quitter des yeux . Quelques encablures derrière, Marc tente de se
frayer un chemin dans cette jungle urbaine . Le 4x4 d'assistance
parvient à nous doubler sur la gauche juste à ce moment . Grâce aux
talkies walkies nous nous guidons mutuellement et une demi-heure plus
tard nous tournons de justesse, c'est vrai , mais nous tournons quand
même, dans la petite entrée du parking de l'hôtel Tibet , juste pour
10h15 .
A 10h30 , nous montons à bord d'un bus pour aller visiter le
Palais d'Eté ;nous faisons connaissance avec notre guide locale ,
Sophie, qui nous explique que Pékin veut dire capitale du nord , en
opposition à Nankin, capitale du sud. Elle nous confirme que la
brouillasse ambiante est d'avantage à mettre sur le dos de la pollution
que sur un caprice météo car Beigin c'est 20 millions d'habitants . Au
moment des Jeux Olympiques de 2006 , on a déplacé les usines du centre
ville pour les installer dans les banlieues . Comme nous l'avons vu ,
cette mégalopole est dotée de six périphériques . Après une demi-heure
de bus nous débarquons dans un parc installé au bord du lac Kunming :
c'est ici que les empereurs venaient résider l'été à cause de la
fraicheur de la verdure et l'eau environnante .Mais c'est surtout Cixi
, une impératrice intrigante qui a régné jusqu'à plus de 80 ans , qui a
développé la construction des différents pavillons dans le parc pour en
faire sa résidence principale . Une galerie couverte et richement
décorée permet de longer le lac en restant à l'ombre et dessert les
différentes constructions . Il y a même au bout de cette promenade un
bateau de marbre, avec deux dragons en guise de figures de proue qui
servait de salle de réception . Nous empruntons une des jonques à moteur
qui sillonnent le lac pour aller dans une île où a été construit un
autre petit pavillon . Puis nous rentrons en utilisant un grand pont de
marbre blanc qui relie l'île à la terre ferme . Partout d'énormes
nénuphars exhibent leurs fleurs mauves sous les branches de saules
pleureurs qui retombent jusqu'à l'eau . Partout autour de nous des toits
de pagodes aux tuiles vernissées se cachent timidement derrière le
délicat feuillage de cèdres . L'ensemble respire la délicatesse et la
sérénité , tout ce que n'était pas la fameuse Cixi , qui passait son
temps à torturer ses eunuques d'après notre guide Sophie .
Après des kilomètres et des kilomètres à pieds dans une
touffeur à peine supportable (le thermomètre n'affiche pourtant que
38°mais l'air est gorgé d'humidité) nous allons déguster un superbe
repas chinois avec une bonne dizaine de plats différents ,servis sur un
plateau tournant pour des tables rondes de huit ou dix convives ; de
l'aigre-doux , de l'épicé , du riz bien sûr , des pâtes , toutes sortes
de légumes et même du potage défilent devant nous , un coup à droite ,
un coup à gauche , reste à se servir au passage .
L'après midi commence par la visite d'une fabrique de soieries
où nous assistons à la l'élaboration de la soie depuis le papillon qui
pond des oeufs jusqu'aux cocons qu'on ébouillante pour en tirer le
fameux fil : il faut 8 cocons pour faire un fil solide , 5000 cocons
pour fabriquer une cravate . Nous achetons une couette de 260x240 de 2,5
kg pour 800 yuans , soit 110 euros que les employées nous compriment
pour le transport .
Après cette escale mercantile , nous allons visité le Temple du
Ciel , construit également dans un immense parc de plus de 270 hectares
, au sud de la ville . Construit sous la dynastie des Mings , il est le
point d'union entre la vie céleste et la Terre . Là aussi, nous
parcourons des galeries couvertes richement décorées, pour se promener à
l'ombre ,où aujourd'hui les retraités viennent jouer au majong ou aux
cartes . Notre promenade nous conduit au sommet d'un petit monticule où
se dresse l'élément le plus imposant , une pagode circulaire , perchée
en haut de grands escaliers de pierres blanches sculptées de bas reliefs
: c'était la salle des prières . D'autres pavillons rectangulaires
ceux-là encadre une vaste cour dallée de grosses pierres . Ici aussi une
grande sérénité flotte sur l'ensemble de ce vaste temple .
Nous terminons la soirée autour d'un canard laqué servi
royalement dans un des restaurants spécialisés de Pékin où nous goûtons
également notre premier Saké à 54 degrés .













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