Aujourd'hui c'est nous qui sommes de "Fête Nationale" et nous
arborons nos drapeaux tricolores de chaque côté de la cabine comme les
mongols font sur leur voiture pendant le Naddam . Comme l'étape prévue
est courte, nous décidons d'attendre l'ouverture du supermarché voisin
fixée à 10 h00 . Résultat , ce matin c'est petit dej au lit , puis on
s'occupe du camping-car , les commodités n'étant pas terribles à Terej .
Il faut vider les toilettes et faire le plein d'eau à l'arrosoir car
aujourd'hui ,on ne peut pas brancher de tuyau . J'en profite pour
vérifier le niveau d'huile moteur et celui du lave-glace par la même
occasion . Puis c'est la grande toilette du pare-brise et des vitres
latérales devenues complétement opaques avec la poussière ocre de la
steppe . Pour meubler l'heure d'attente qui reste , je décide d'aller
voir un monastère bouddhiste de Gandan, situé à quelques pâtés de
maisons, avec Dominique et Serge . On entre par la porte sud
magnifiquement décorée de motifs géométriques aux couleurs vives
qu'abrite une toiture de tuiles vertes aux bords recourbés vers le haut
et aux faitières ornées de motifs animaliers . A l'intérieur de
l'enclos la cour est occupé par une bonne dizaines de temples : le plus
gros , encore en construction est affreux . Par contre le plus ancien ,
datant de 1830 ,caché parmi les pins ,nous livre sa beauté qu'au compte
goutte , se livrant progressivement à nos yeux : c'est régale
d'équilibre des formes et des couleurs d'où se dégage aussitôt une
grande sérénité . Comme c'est l'heure de l'office , des bonzes de tous
âges , même de jeunes enfants , circulent dans les jardins pendant que
d'autres méditent déjà à voix haute d'une façon monocorde en salle des
prières . Dans le même style que la porte sud , il nous rappelle
l'architecture de la "Cité Interdite" à Pékin . il parait que Gandan est
le plus grand monastère bouddhique de Mongolie et abrite une
bibliothèque redoutable qui compte plus d'un million de sûtras écrits en
mongol et en vieux tibétain . A l'autre extrémité de la cour , le grand
temple de couleur jaune abrite un bouddha de 26 mètres que nous n'avons
pas le temps d'aller saluer .
Une fois les courses de bouche faites , nous prenons la
direction de Térej vers le sud . La circulation , beaucoup moins dense
que lors de notre arrivée à Oulan Bator , nous permet de sortir de la
capitale en à peine une demi-heure, après avoir sagement fait le plein
de gasoil . Un peu moins industrialisée que la banlieue nord , les
faubourgs méridionaux se composent d'une succession d'enclos de planches
et de troncs enfermant chacun une ou deux yourtes . Certains sont vides
: on pense que leurs propriétaires sont partis battre les steppes, avec
leur maison sur le dos, en compagnie de leur troupeau . C'est amusant
toutes ces clôtures qui dessinent un véritable damier sur les coteaux
herbeux . Encore dix bons kilomètres et nous retrouvons l'immensité
herbeuse de la steppe toujours limitée à l'horizon d'un cordon de
petites montagnes pellées . Après avoir traversé une large rivière le
long de laquelle sont installés de nombreuses tentes de touristes , le
ruban d'asphalte se transforme en une véritable tôle ondulée, crevassée
d'ornières plus ou moins profondes , qu'il est bien difficile d'éviter
étant donné l'étroitesse de la route . Une chose nous inquiète : depuis
la sortie de la ville , nous remarquons la présence d'un flic tous les
deux ou trois cent mètres , certains nous demandant même d'accélérer le
pas . Arrivés à l'entrée de Nalaikh , nous comprenons enfin la situation
lorsque les forces de police nous interdisent de tourner à gauche vers
Térej , seule porte d'accès au parc naturel ; vraisemblablement
une"huile" doit emprunter la mêle route que nous , pour notre plus grand
malheur ! Nous décidons donc de trouver un petit coin dans le village
pour manger en attendant que la situation se débloque .
Une fois rassasiés , il nous faut attendre encore une
demi-heure pour parvenir à sortir de Nalaiskh mais la récompense est à
la hauteur de notre sacrifice . Nous nous enfonçons dans un paysage
magnifique dès que nous acquittons les 6000 t de droit d'entrée de la
réserve ; nous suivons alors une vallée très sauvage, où serpente une
large rivière , laissant derrière elle de petits îlots de graviers dans
d'immenses méandres . Là aussi, les berges sont peuplés de tentes de
touristes en mal de trekking . Nous rencontrons nos premiers chameaux ,
occupés à s'abreuver le long de la route : ils appartiennent à un jeune
berger, qui montre un numéro de dressage d'aigle qu'il porte sur le bras
. Un peu plus loin , un troupeau de yaks est entrain de brouter l'herbe
d'une grasse prairie , au bord de l'eau ; nous arrêtons quelques
instants pour admirer ces mastodontes à long poils qui trainent
jusqu'au sol . Des rochers, morcelés par l'érosion, et patinés par le
vent des steppes ,semblent sortir de terre un peu partout dans
l'immensité d'herbes rases ; leurs énormes silhouettes offrent un
premier plan remarquable entre lesquelles la route se fraye un chemin en
zigzagant un peu . Quand le soleil daigne filtrer à travers les nuages
, la roche prend alors une multitude de nuances d'ocre, pour le plus
grand plaisir de nos yeux . Dommage que les besoins du tourisme ont
laissé installer un peu trop de villages de yourtes qui s'égrainent sur
notre passage . Nous finissons par tourner à gauche pour prendre
possession de l'un d'entre eux car ce soir nous dormons à la mongole !
Arrivés de bonne heure , nous décidons d'aller faire une
ballade à pieds parmi les magnifiques formations rocheuses qui nous
entourent . A peine avons-nous franchi un petit col herbeux creusé entre
deux pics que la météo se gâte . Nous continuons malgré tout notre
progression en ayant soins de rester à la même altitude pour gagner deux
autres pics rocheux aux silhouettes particulières . Dans l'herbe rase ,
nous découvrons une multitude de petites fleurs : des Edelweiss , des
Astaires du Caucase et un genre de Lys rouge, fortement épanouis dont
les pétales se recourbent en arrière , lui donnant un aspect de plantes
exotiques . Une violente averse nous contraint à faire demi-tour pour
aller nous changer de la tête aux pieds , au camping-car .
Ce soir nous fêtons le départ de Géraldine , les anniversaires
d'Hubert et de sa fille Claire et bien sûr le 14 juillet Pour cela nous
avons droit à un petit récital de musique mongole exécuté par un groupe
de quatre musiciens et un chanteur vêtus de superbes habits
traditionnels . Une danseuse et une contorsionniste agrémentent le tout
par quelques exhibitions de grandes qualités . Après le traditionnel
mouton grillé des fêtes mongols , nous regagnons nos yourtes respectives .















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