Hier , nous avons eu une soirée difficile ...qui a commencé
par l'apéro général organisé par Monique et Marc .Puis une fois les
ppistes repartis dans leur camping car respectif , c'est à bord du notre
que nous avons reçu Aldar , toujours aussi intarissable en anecdotes
plus intéressantes les unes que les autres . C'est après avoir dégommé
moult vodkas et whiskys que notre bouriate bien aimé nous a quitté vers
23h30 pour aller chez Claire et Roger . Motivée par le ramassage des
passeports en vue de notre sortie prochaine de Russie , sa visite chez
nos voisins s'est terminée à 1h00 du mat ! La résistance à l'alcool des
Russes et plus encore des Sibériens , bien que prévenus , nous a laissé
pantois !!
Quel bonheur aujourd'hui d'avoir enfin une journée de relâche
après un enchainement de dix étapes de 4 à 6 cent bornes . 10 000 km qui
nous ont amené au coeur de la Sibérie , entre Moscou et Vladivostock
distante respectivement de 4 et 5 mille kilomètres . Comme à chaque
étape double , un bus vient nous chercher vers 9h30 pour aller visiter
les deux joyaux de la Sibérie centrale , Irkoustk et le lac Baïkal , en
compagnie d'une ravissante et jeune guide , Natacha .
Nous commençons par prendre la direction d'Irkoustk , pour
aller visiter un musée de plein air ,consacré à l'architecture : dans
une clairière au bord du lac, on a reconstitué un village typique
sibérien, en récupérant d'authentiques isbas qui étaient condamnées à
être englouties lorsqu'on a construit, dans les années cinquante ,
barrage sur l'Angara , très gros fleuve d'un kilomètre de large à sa
naissance , lorsqu'il sort du lac Baïkal . Ici on voit bien la structure
de l'habitat avec une haute palissade , faite de troncs qui protège la
cour des intempéries , des animaux sauvages tels que les ours , les
loups et les renards ,et aussi des forçats évadés qui rodaient beaucoup
à l'époque : à leur intention , les autochtones laissaient toujours un
peu de nourriture à l'extérieur de l'enclos . Certaines cour intérieure
étaient dotées d'un épais plancher que la maitresse de maison briquait
avec une pierre comme pour les pont de bateau ; au fond il y avait les
dépendances pour abriter les animaux domestiques , le foin , les
réserves de nourriture et les outils . Sur un des côtés on peut
visiter l'habitation principale faite de gros troncs empilés et emboités
aux angles par tout un système de tenons et de mortaises : en bas , pour
éviter la putréfaction on utilisait le mélèze , au dessus le pin de
Sibérie plus isolant . Les interstices entre les troncs étaient calfatés
avec de l'écorce de bouleau . La disposition intérieure étaient
standardisait : de part et d'autre du sasse d'entrée on trouve la
chambre avec de petits lits très hauts sur pattes et la cuisine dotée un
énorme poêle fait en briques , recouvert de chaux , un peu comme les
poêles alsaciens en faïence . Au dessus on installait deux couchettes
pour les nuits d'hiver où le thermomètre peut descendre à moins 50
alors que l'été il atteint facilement 40 degrés : un pays de contraste
! Il en est de même dans la journée avec 12 degrés le matin et 37
l'après midi comme hier par exemple ! On continue la visite par celle
de l'église également tout en troncs avec un clocher doté d'un bulbe
réalisé avec de petites planchettes cintrées pour en respecter les
courbes . Les bouriates qui habitaient la région , en temps que
descendants des Mongols , fabriquaient leur maison en forme de yourte
avec un feu ouvert au centre , le coin des femmes à droite de l'entrée ,
à gauche le coin des hommes et au fond le coin dortoir . La forme
conique du toit avec une ouverture centrale permettait l'évacuation de
la fumée comme dans les tipis des indiens d'Amérique du Nord : l'été ça
permettait d'établir un courant d'air avec la porte ouverte à deux
battants pour rafraichir l'intérieur .
Nous reprenons ensuite le bus pour aller à Listvianka , petit
port et station balnéaire , installé sur la côte nord du Baïkal pour
aller d'abord au restaurant déguster de l'Omul , poisson spécifique des
eaux glacées du lac : nous le dégustons d'abord cru ou à peine fumé ,
puis cuit en brochette avec des oignons et une sauce assez relevé . Sa chair
ferme est vraiment d'un goût très fin et, grand bonheur ,dépourvue
d'arête ! D'après Natacha , il s'agit d'un salmonidé , rose au départ ,
qui est devenu blanc au fil des siècles . Il vit à deux ou trois cent
mètres de profondeur.
Au cours du repas , nous lui demandons pourquoi les serveuses onst
autant le visage figé , de pourvu de tout sourire: " c'est parce que
chez nous en Russie , il n'est pas convenable de montrer ses dents comme
le font les Américains!"
Pour faciliter notre digestion , notre guide nous convie a une
petite croisière sur le lac , tout en nous le présentant sous toutes ses
coutures : plus de 600 km de long , plus de 45 de larges et plus de 1650
mètres de profondeur qui en fond la plus grande réserve d'eau douce de
la planète ; 5 fois la superficie des Grands Lacs Américains (et pan
dans le bec des yankees) En hiver , c'est à dire pendant huit mois
l'eau est gelée et permet la circulation en voiture sur le lac . En
1904 on a même mis les rails du Transsibérien dessus pour faire passer
les troupes partant pour la guerre avec le Japon . Pour ne pas ébranler
la glace avec les locomotives , on faisaient tirer les wagons par des
chevaux . Puis on a utilisé deux brises-glaces qui pouvaient transporter
chacun 25 wagons .On a ensuite construit le contournement du
Transsibérien par le sud en creusant 39 tunnels .Lors du dégel l'eau est
si pure qu'on peut voir jusqu'à quarante mètres de profondeur , elle est
potable partout d'après les scientifique .
Il est déjà presque 16h00 lorsque nous reprenons le bus pour
aller visiter Irkoustk : les 45 km de route qui nous y emmènent ont été
construits pour la deuxième visite Einsenhoher qui pour finir n'a pas eu
lieu à cause d'un incident militaire(avion américain de reconnaissance
abattu sur le sol russe) , point de départ de la Guerre Froide entre les
deux supers puissances . Irkoutsk a été fondé en 1650 par les cosaques
du tsar : d'abord un simple petit fort , qui devient une petite ville
commerciale spécialisée dans les fourrures , surtout les zibelines .
Ensuite sa notoriété étaient moins glorieuse , liée aux nombreux forçats
déportés dans la régions , dont les Décembristes en 1825 ; il
s'agissait de nobles réformistes qui désiraient l'abolition du servage
et qui ont tenté pour cela de renverser le tsar Nicolas 1er . Il parait
qu'un habitant sur deux d'Irkoutsk descendrait de bagnard ! C'est le
Transsibérien qui propulsa ensuite la ville au rang de capitale de la
Sibérie Orientale . Actuellement l'industrie de l'aluminium ,
l'électricité produite par les grands barrages et les universités en
fond sa notoriété . Elle compte pas moins de 600 000 habitants ,
dont beaucoup de jeunes du fait de la forte concentration estudiantine .
Une ville qui subit 300 secousses sismiques par ans , c'est pourquoi le
grand barrage sur Angara a une digue en terre et en roches plutôt qu'en
béton . Après nous avoir fourni toutes ces précieuses informations ,
Natacha nous conduit jusqu'au musée consacré aux Décembristes : leurs
épouses sont venues pour la plupart en Sibérie pour les soutenir ; ils
étaient condamnés à 20 ans de travaux forcés mais à force de suppliques
adressées au tsar , ils n'en purgèrent que 9.Le petit musée est
installé dans une superbe isba en bois au milieu d'un beau petit jardin
: c'est là que l'une des épouses a vécu pendant que son mari travaillait
enchainé dans les mines de charbon . C'est intéressant de voir le
mobilier de l'époque , les instruments de musiques , les lettres , et
une foule de détails se rapportant à cette première révolution russe .
Nous allons ensuite voir toute une séries d'isbas de luxes ,
construites par de riches marchands, qui ont consacré une partie de leur
fortune à faire décorer leurs façades de dentelles de bois , de balcons
soutenus par des colonnes sculptées et d'imposants porches pour le plus
grand plaisir de nos yeux . Une rafale de clichés s'imposent pour ne
pas oublier la finesse de la décoration des linteaux , des volets et
même des gouttières .
Un peu plus loin vers l'Angara nous arrêtons le bus devant deux
magnifiques églises orthodoxes qui rivalisent de beauté , se dressant
fièrement de part et d'autre de l'avenue Lénine ; l'une s'impose par la
sobriété de ses hauts murs d'un blanc immaculé qui tranche avec le vert
du cuivre oxydé de ses dômes ; l'autre, à l'inverse , exhibe tout une
série de fresques aux couleurs éclatantes sur sa façade principale que
surmontent des bulbes et dômes dorés, étincelant au soleil couchant .
Sur le fleuve des chapelets de petites embarcations de pêcheur osent
s'ancrer dans le courant , pourtant très violent à cet endroit .
Heureusement que nous avions préparé les plateaux de toasts ce
matin ,car aujourd'hui nous sommes d'apéro général et le bus ne nous
ramène pas avant 20h00 au camping . La proximité du Baïkal nous oblige
à enfiler une petite laine pour rester dehors ce soir . Encore une
journée bien difficile !












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