dimanche 10 juillet 2016

ppi étape 32 le 8 juillet 2016 Babushkin-Kiakhta 320 km

Révéillé à 5h00 , comme d'habitude, je cours dehors pour
admirer le fugace spectacle du lever de soleil sur la baie et faire
quelques clichés . Avec la rangée de camping-cars alignés devant la
plage, qui se découpent à contre-jour comme des ombres chinoises , c'est
superbe . La fraicheur de l'aube me fait rapidement regagner mes pénates
pour taper le blog . Mais à 7h00 , je ne tiens plus , l'envie de piquer
une tête dans le Baïkal est trop forte : sur la grève de galets je
retrouve Marie-Noelle , Claire et René déjà entrain de nager : dès mon
arrivée , ils s'arrêtent tous pour regarder les grimaces et écouter les
jurons que les 14 degrés de l'eau provoquent :" oh la vache! oh non de
d...! " J'ai beau me contorsionner dans tous les sens , le premier
contact est violent ; arrivé au niveau de la ceinture , c'est trop dur
et trop long, je plonge !"Oh la vache ...! " Mais curieusement au bout
de quelques minutes je suis acclimaté au point de faire des aller et
retours dans la petite crique comme les autres .Le froid intense nous a
insensibilisé les extrémités et maintenant ce n'est que du bonheur : un
bain dans le lac le plus grand du monde au saut du lit , c'est royal :
notre baignade suscite la curiosité de pas mal de ppistes qui préfèrent
s'armer de leur appareil photo que de leur maillot de bain ; seuls
Michel , Treach et Nills , le couple d'anglais ,osent se jeter à l'eau
au sens propre du terme . C'est vivifiant après une nuit rendue
difficile par les nombreux passages de Transsibériens . Forts d'une
centaines de wagons chacun , je les entendais venir de très loin , le
son étant porté par les eaux du lac . Leur poids titanesque faisait
vibrer le lit . Et puis leurs incessants coups de sirènes pour chasser
le bétail des voies , c'était plutôt crispant . Heureusement qu'entre
deux le doux bruit du ressac était là pour me bercer et m'envoyer tout
droit dans les bras de Morphée .
Malgré la baignade , nous parvenons à décoller vers 8h30
.Première obligation de a journée, le plein de gasoil et si possible
celui du jerrican selon les conseils d'Aldar : " demain , traversée
Bouriatie , quittez Baïkal, pas beaucoup pompes , alors prudence ...
prudence...prudence ...! Bouriatie , république semi autonome dans
Fédération Russe ...Demain vous traversez Ulan Ude , capitale Bouriatie
, 400 000 habitants , bouriates descendants Gengis Khan , tous
bouddhistes chamanistes , pas orthodoxe , vous verrez grand monastère
bouddhiste , le plus grand de Sibérie et de Russie aussi !C'est là que
réside chef des bouddhistes ... Sur petite route à droite ...te donnes
coordonnées GPS après... Fin d'étape à travers steppe... demain pas
camping , bivouac dans steppe , pas eau... pas l'électricité non plus
pour brancher toi ... Bivouac dans steppe, à gauche après stupa , petite
construction bouddhiste , comme çà ... Attends , dessine pour toi...
donne point GPS après ...Pas la peine arriver trop tôt ...Si non , trop
chaud dans steppe ... hi! hi !hi!..°
La route suit le lac encore sur une trentaine de kilomètres ,
nous offrant par moment de jolies points de vue . Puis nous rentrons
dans les terres pour retrouver montagnes et forêts : depuis que nous
avons acheté des plateaux en écorce de bouleau je sais pourquoi certains
d'entre eux ont des chaussettes noires d'un mètre de haut . Nous
retrouvons également les chapelets de petits marchands de fraises des
bois et aussi de myrtilles installés sur les bas -côtés? qui annoncent
l'approche d'un village . A la sortie de l'un d'eux nous croisons une
importante colonne de camping-cars italiens se suivant cul à cul ;
manifestement , ils rentrent de Mongolie . Au fur et à mesure que nous
rentrons dans les terres , nous perdons l'effet Baïkal : le thermomètre
grimpe aussitôt de 10 degrés , ça promet !
Nous escaladons quelques petites montagne couverte de forêts de sapin où
la route prend plaisir à serpenter , enchainant virage sur virage . Nous
voyons d'ailleurs au passage plusieurs carcasses de camion abandonnées
en contrebas de la route :Aldar nous a expliqué que les Sibériens n'ont
pas le matériel nécessaire pour soulever de tel monstre de ferraille .
Après avoir retrouvé la plaine , la végétation change brutalement ; la
forêt fait place à de vastes étendues d'herbe rase , un peu jaunie sous
le soleil de plomb : le thermomètre atteint les 45 degrés lorsque nous
entrons dans Oulan Oud . Après avoir traversé le fleuve Sélenga sur un
grand pont gardé par quatre énormes tigres de pierre , nous nous
faufilons dans une circulation intense jusqu'au marché du centre ville .
Le stationnement étant difficile chacun se débrouille de son côté pour
nous retrouver devant de magnifiques étales de fruits , de légumes et
d'épices . Depuis quelques jours nous avions constaté que chez les
autochtones il y avaient de plus en plus de gens avec des traits
mongoloïdes mais ici ont atteint plus de 90%
Après une bonne heure de ballade parmi les étales colorés et
les odeurs d'épices , nous reprenons la route , cette fois plein sud
vers la Mongolie . Le paysage est de plus en plus dénudé : de l'herbe
rase à perte de vue , quelques touffes d'arbrisseaux éparpillés , la
rivière Sélenga qui serpente un peu plus bas dans la vallée et de chaque
côté des monts totalement pelés . Quelques villages très isolés
s'égrainent à distance de la route : des maisons de bois peintes de
couleurs vives mais aussi des yourtes attirent notre attention . Il est
déjà 14h00 lorsque nous atteignons le fameux monastère bouddhiste dont
Aldar nous avait parlé : étant donné la chaleur insoutenable nous
décidons de manger à l'intérieur du camping-car en attendant le reste de
la troupe; nous goutons à nouveau l'Omul fumé, toujours avec autant de
plaisir : dire que la faible température de l'eau du lac demande pas
moins de dix ans pour qu'ils atteignent la taille nécessaire pour passer
à table!
Nous commençons la visite du monastère par celle d'un stade
installé juste à côté où se déroule une compétition de lutte arbitré par
des mongols vêtus comme à l'époque de Gengis Khan , un chapeau à pointe
sur la tête . En fait nous apprenons que deux fois par an c'est la fête
au monastère : à cette occasion, on expose la dépouille d'un chef
bouddhiste , mort au début du siècle dernier . Sans aucun soin de
conservation particulier , il est parvenu jusqu'à nous en parfait état .
Au prix de quelques jonctions de mains et de flexions du cou , nous
parvenons à pénétrer dans le temple principal en suivant l'interminable
file de fidèles , pour nous prosterner au pied de la fameuse momie . Le
plus dur est de sortir du temple à reculons sans se prendre les pieds
dans le plancher disjoint . Nos dévotions terminées, nous continuons la
visite de ces lieux sacrés, en arpentant une immense court entourée de
palissades en bois : à l'intérieur se mêlent de façon un peu anarchique
des tambours à prières que les pèlerins font tourner de la main droite
en passant devant , des baraquements qui doivent servir de cellules aux
moines , une dizaine d'autres petit temples plus bariolés les uns que
les autres avec leurs bords de toit relevés de style pagode . Le plus
intéressant dans l'histoire ,ce sont les costumes des pèlerins mongols
venus de leur pays voisin en bus à l'occasion de la fête . Avant de
repartir , nous assistons à l'incontournable photo de groupe , en robe
de soie brillante devant l'autocar .
Encore cent bornes de steppe écrasée par le soleil où nous
continuons à longer la rivière Sélenga, formant par endroit de petits
lacs et par la même occasion de frêles taches de verdure . Des troupeaux
de vaches viennent y boire et aussi s'y baigner .Sur les monts pelés qui
nous entourent on peut voir de petites stupas blanches, pour bien
rappeler que nous sommes bien en pays bouddhiste . Seuls quelques
minuscules villages aux maisons de bois et des yourtes isolées résument
la présence humaine dans cette immensité d'herbe rase . Nus tournons à
gauche juste derrière la stupa plantée juste sur le bord de la route .
Nous nous enfonçons alors sur une piste de sable, sur quelques centaines
de mètres ,pour installer le campement un peu avant un minuscule hameaux
de quatre ou cinq maisons doté d'un temple bouddhiste . C'est
extraordinairement dépaysant de se retrouver là , au beau milieu de
nulle part pour passer la nuit . D'énormes criquets viennent nous
chatouiller les jambes et faire sursauter Géraldine , notre
accompagnatrice , qui part en hurlant se réfugier dans le 4x4 de secours
. Serge offre de l'eau fraiche à un berger mongol venu nous rendre
visite avec son troupeau de sept cent moutons : il est obligé de
conduire ces bêtes seul car ses chiens ont jugés qu'il faisait trop
chaud pour quitter la maison ! En tout cas c'est que nous avons cru
comprendre ; c'est bien comme chez nous pendant que le maitre bosse , le
chien se prélasse dans le canapé !!

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