Hier soir à la réunion Vladimir nous parle un peu de la mer
Caspienne distante d'à peine cent bornes d'Astrakan : son nom vient de
"kas" qui veut dire montagne chez les Kassites qui peuplaient jadis la
région ;on retrouve aussi cette racine dans Caucase .C'est le plan
d'eau intérieur le plus grand du monde avec 371 000 kilomètres carrés
.Autrefois Astrakan était spécialisée dans la pêche à l'esturgeon et
donc du caviar sur l'estuaire de la Volga qui se jette dans la mer
Caspienne . C'est une ville agréable , verte , aérée où il fait bon
flâner sur les quais du fleuve ou le long des remparts blancs du Kremlin
. Les immeubles d'architecture contemporaine restent de taille
raisonnable , celles des avenues aussi .Des plans d'eau , des espaces
verts , une circulation tout à fait supportable en font une étape très
agréable d'autant que nous sommes superbement logés avec vue Volga à 180
degrés . Nous sentons que nous avons enfin quitté l'Asie et ses
civilisations très différentes (depuis le franchissement du fleuve Oural
à Atyrau) pour retrouver l'Europe avec tout nos référentielles : c'est
quand même très agréable de voir toutes ces femmes maquillées , vêtues
élégamment, un sourire au lèvre plutôt que les voiles et burkas .
Avant de partir vers 8h00 ,Roger me propose de profiter de son
branchement pour faire le plein d'eau sans effort puis nous allons
jusqu'à l'hôtel pour bénéficier de la wifi , histoire d'envoyer les deux
derniers chapitres du blog . Nous apprenons en consultant ma messagerie
que la famille compte un nouvel écolier depuis hier, qui a bien du
mérite du haut de ses deux ans et demi ! Bravo Alex et toutes nos
félicitations pour cette première journée ! Je pense que "grand cousin"
ou plutôt Antoine , avec l'ancienneté qu'il a dans les murs , va pouvoir
rouler des mécaniques cette année !
Attention les filles , c'est un tombeur !
Pour sortir de la ville , il faut d'abord effectuer une grande
boucle pour récupérer l'ancien pont mixte , à la fois ferroviaire et
routier, qui enjambe la Volga . Une fois sur l'autre rive , nous
traversons des faubourgs peuplés de superbes isbas ; c'est avec plaisir
que nous admirons leurs couleurs vives et leurs dentelles de bois qui
soulignent la toiture et encadrent harmonieusement les fenêtres . Nous
profitons de la proximité d'ateliers mécaniques pour trouver un
"abtomonca" c'est à dire une station de lavage car le camping-car est
couvert d'un centimètre de poussière et de sable du désert ; ce n'est
pas de la maniaquerie de notre part mais cela devient insupportable
d'avoir les mains poisseuses dès qu'on touche la moindre poignée .
Malheureusement , nous n'en trouvons pas une adaptée à notre gabarit .
Dès que nous quittons les dernières maisons d'Astrakan , nous
nous retrouvons au milieu de marais et d'étangs envahis de joncs et de
roseaux . Plus d'une fois nous évitons de justesse de grosses tortues
paisiblement entrain de traverser la route . Cela fait plaisir aussi de
retrouver autant d'oiseaux , rares dans le désert que nous traversons
depuis prés d'un mois :des canards , des cygnes et des aigrettes aux
longues et fines pâtes ,occupées à pêcher au beau milieu de l'eau peu
profonde . La route court d'une colline à l'autre , nous offrant ainsi
une vue panoramique sur ces chapelets de pièces d'eau sauvages où le
vent , violent ce matin, lève une petite houle qui en ride
harmonieusement la surface .
Au bout de cinquante bornes nous retrouvons l'herbe rase de la
steppe avec des troupeaux de chevaux sauvages qui galopent, leur longue
crinière au vent . lls ont l'air de bien profiter de leur liberté et de
l'immensité semi-désertique. Par endroit la végétation cède la place au
sable doré qui s'accumule sous l'effet du vent pour donner de jolies
petites dunes aux flancs tout ondulé . Vers 10h00 nous nous octroyons
une pause café-chocolat au bord d'un lac asséché couvert d'un épaisse
couche de sel : nous décidons de marcher un peu dans la steppe pour
aller voir ça de plus prés : malgré les lunettes de soleil , la
réverbération sur la surface blanche est difficilement supportable .Par
endroit la dalle s'est soulevé et l'on peut alors admirer par dessous de
véritables formations coralliformes de 3 à 4 cm d'épaisseur ; je ne
résiste pas au plaisir d'y goûter du bout de la langue pour en
confirmer la pureté .
A peine reprenons-nous la route , que nous voilà bloqués dans
un bouchon occasionné par un accident entre une voiture et une niveleuse
de chantier . C'est amusant de voir les autochtones impatients, plonger
vers la steppe en contrebas d'une dizaine de mètres, sur un talus proche
de la verticale, pour contourner l'obstacle par une piste sableuse
improvisée : un vrai numéro de cirque où l'un d'eux loupe son coup et
glisse jusqu'en bas les quatre fers en l'air !
Dominique reprend le volant pour que je puisse mettre le blog à
jour et surtout pendant que la qualité de la route le permet. Arrivés à
cinquante bornes d'Elista ,nous refaisons le plein de gasoil , avec le
vent de ce matin le camping-car a dégommé plus de 16 litres au cent
kilomètres . A peine ai-je repris le volant que nous tombons sur un
barrage de flics avec contrôle de papiers : comme cette fois nous leur
donnons des photocopies , ils se fâchent et nous soutiennent que c'est
interdit de conduire dans ces conditions . Nous avons beau les menacer
de téléphoner aux responsable de l'organisation , ils exigent mon
permis international puis m'oblige à les suivre dans leur bureau ; là ,
à l'abri des regards indiscrets , ils recommencent à m'accuser d'avoir
bu de l'alcool et me demandent de l'argent en échange . Je finis par
hausser le ton car ils commencent vraiment à m'énerver . Dominique me
rejoint , le téléphone dans les mains . Ils commencent à perdre pieds et
finissent par me rendre mes papiers . Nous commençons à en avoir
vraiment marre de ces séances de racket : c'est quand même la quatrième
ou cinquième fois en deux jours !
Contrariés par ces séances de harcèlement nous décidons d'aller
manger sur le parking ombragé d'un grand temple bouddhiste . Comme
Dominique vient de recevoir un message de Thomas avec une correction du
point GPS d'arrivée , nous reprenons la route sur 27 bornes avant de
nous rendre compte qu'il s'agit d'un message de la veille , arrivé
seulement aujourd'hui en milieu de journée ! Nous sommes bons pour faire
demi-tour et rentrer sur Elista . Nous en profitons pour faire laver le
camping-car dans une station pour 1000 roubles soit 15 euros après
discussion (nous étions à 1500 au départ !) Cela le fait rajeunir de 5
ans ! Puis nous trouvons notre parking installé juste à l'entrée de la
Cité des échecs où un seul des nôtres est déjà là .
Un peu avant la réunion de 19h00 , j'aide Jean-Yves à changer
la cartouche du filtre à air complétement encrassée par le sable et la
poussière du désert . Ce sera mieux pour notre consommation de gasoil .
Ce soir c'est Jean-Luc et Babette qui prépare un magnifique apéro avec
pas moins de de table de toasts en tous genres . Quant à la cave offerte
, elle est tout simplement jeanluquienne...! C'est dire qu'il y a la
qualité et la quantité réunie pour faire plaisir aux copains de route .
Merci pour cette profonde générosité !















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