Lors de la réunion d'hier , Sergeï , notre nouveau guide nous
annonce tout de suite que l'étape d'aujourd'hui sera très dure ,
d'abord parce qu'elle comporte 300 km de mauvaise route au Kazakstan ,
puis le passage de la frontière russo-kazak avec tout ce que ça peut
entrainer comme attente et enfin cent bornes de route de qualité
moyenne jusqu'à Astrakan . Aussi Thomas propose un départ de bonne heure
vers 7h00 car il prévoit 4h30 pour atteindre la frontière où nous devons
nous regrouper .Cela promet encore une journée bien fatigante !
Avec l'orage de cette nuit , nous n'avons aucun mal à nous
lever vers 5h30 , décidés à partir très tôt , comme Claude et Clotilde ,
nos voisins . Pendant que je tire le premier café , nous voyons déjà
Roger et Claire partir tous phares allumés . Comme nous n'avons que peu
de préparatifs hormis le petit déjeuner et la toilette , nous arrivons à
partir vers 6h15 . A cette heure la traversée d'Atyrau ne pose aucun
problème . Comme le GPS pédale dans la semoule , nous ne pouvons nous
fier qu'au road-book un peu léger à notre goût . Une fois sortis de la
ville , avant de nous lancer plus loin je demande à Dominique de
vérifier avec la boussole de son téléphone si nous nous dirigeons bien
au nord ouest . C'est la seule solution étant donné que le soleil n'est
pas encore levé et que nous ne trouvons aucun panneau . Il faut être
très prudent et ne pas rouler trop vite car avec l'obscurité nous ne
voyons pas les ornières ni les déformations de la chaussée .Le
doublement de quelques camions se révèle être un calvaire : heureusement
qu'ils ne sont pas très nombreux et qu'ils ne roulent pas très vite .
Dans de telles conditions la première heure de conduite est un
véritable cauchemar .
L'orage de cette nuit a laissé derrière lui un ciel tourmenté
qui charrie encore de gros nuages noirs ; avec la chaude lumière de
l'aube qui dore le désert à souhait , le résultat est magnifique . Nous
voyons même les croûtes de sel d' un petit lac asséché rosirent parmi
les joncs de la berge : c'est splendide . Des troupeaux de chevaux
sauvages battent déjà la steppe à la recherche d'une zone d'herbe plus
grasse . Plus loin des chameaux , après s'être réhydratés , finissent
par se lancer dans un bain qui reste timide malgré tout . Dans le
village suivant des groupes d'enfants en uniforme déambulent un peu
partout et nous rappelle brutalement que nous sommes déjà le premier
septembre , jour de la rentrée scolaire! Par les fenêtres du camping-car
nous sentons pénétrer la moiteur salée de l'air : c'est vrai que même si
nous ne la voyons pas , la Mer Caspienne est là sur notre gauche à une
portée de canon . Nous la suivons d'ailleurs ainsi jusqu'à Astrakan .
Nous traversons également plusieurs zones pétrolières où des rangées
complètes de Shaddocks pompent inlassablement . C'est amusant de les
voir dodeliner de la tête chacun leur tour . Beaucoup de cimetières
musulmans dispersés au beau milieu du désert retiennent également notre
attention, surtout quand ils dominent sur un petit monticule et qu'ils
exhibent de somptueux mausolées dotés de piliers soutenant un haut dôme .
A trente kilomètres de la frontière , nous tombons sur le 4x4
d'assistance et Thomas nous propose un plan B un peu moins mauvais
soi-disant . Pour moi ça commence plutôt mal cette variante puisque je
me fais à nouveau arrêter par les flics à cause de mes phares non
éclairés . Je m'en tire avec un simple contrôle de papiers et dix
minutes de perdues . Curieusement le paysage devient de plus en plus
vert : on retrouve de belles petits rivières , de gros bouquets d'arbres
et même de petites prairies où le bétail a l'air de se régaler . Quel
bonheur de quitter enfin le désert que nous traversons quasiment depuis
le début de la Route de la Soie .
Arrivés au poste frontière , nous faisons nos adieux à Rousman
et à Sergeï qui nous explique vitent fait comment cela doit se passer :
nous retrouvons Roger , parti une demi-heure avant nous et Hubert qui
nous a doubler en fin de route avec son 4x4 . Il est quand même déjà
midi lorsque nous attaquons les formalités douanières kazaks , ce qui
fait que nous avons mis six heures pour dégommer les 300 kilomètres de
route défoncée . Il faut ensuite franchir les 10 km de no-man's-land
pour atteindre la frontière russe où nous avons droit à une fouille
approfondie mais malgré tout les choses vont très vite puisque nous
sortons de là vers 14h00 .
Par contre la route vers Astrakan se révèle beaucoup moins
bonne que prévu . Et puis je me refais arrêter par les flics une
seconde fois : d'un simple contrôle de papier , tout doucement on en
vient à une demande de cadeaux que je satisfait avec un simple
prospectus de Paris-Pekin-Istambul .Nous traversons de nombreux
affluents de la Volga avant de la franchir elle-même et d'aller nous
installer sur ses quais devant l'hôtel Azimut . Le campement est royal
. Fatigués et affamés nous allons dégommer une grande bière pression et
une pizza avec le groupe de tête, au bar de l'hôtel où le barman nous
donne une adresse pour l'achat de caviar de la Caspienne . En nous y
rendant nous admirons au passage les remparts blanchis à la chaux du
Kremlin ainsi que les superbes dômes dorés de la cathédrale orthodoxe .
Après avoir acheté deux boites de 250g et une boite de 500 grammes de
petits oeufs noirs, nous revenons en suivant les rives de la Volga,
envahies de badauds et de lycéens qui concluent de cette façon leur
première journée de classe .
A la réunion du soir, nous faisons connaissance avec Vladimir ,
notre nouveau guide pour la Russie et la Géorgie suivie de
l'incontournable apéro servi par Bernard et Danièle qui ont encore des
olives de leur production . Chacun peut enfin se détendre en racontant
ses mésaventures de la journée .










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