Cette nuit, nous ne sommes pas caressé par la brise , mais
belle et bien secoués par de violentes rafales : voilà ce que c'est que
de vouloir habiter à 10 mètres du rivage ! Sans compter avec la musique
du vent dans la ramure des pins , je ne vous explique pas , c'était
dantesque ! Le déchainement des éléments a eu au moins l'avantage de
nettoyer le ciel des gros nuages noirs qui nous gênent depuis deux jours
. Par contre on dirait que le thermomètre a chuté : qu'importe, après
les deux tournées de café au lit , je ne tiens en place , il faut que
j'aille voir où nous en sommes sur la plage, de mes propres yeux
,malgré les mises en garde de Dominique . C'est sûr qu' il y a de jolis
creux mais la température de l'eau reste correcte et c'est parti pour un
bon kilomètre de brasse entre les deux digues de rochers , un peu
balloté comme un bouchon malgré tout . C'est curieux de voir les gens se
promener en blouson sur la grève alors que dans l'eau je ne perçois
absolument pas la fraicheur matinale bien qu'il ne soit que 7h30 . Une
fois ragaillardi par cette baignade musclée , j'active les préparatifs ,
décidé à partir de bonne heure pour atteindre les lacs de Plitvice avant
midi . Il y a les vidanges à prévoir , ranger le matériel électrique ,
sortir de dessous les pins sans accrocher de branches basses et enfin
faire la check-out .
Le GPS nous invite à revenir sur nos pas vers le centre de
Zadar , histoire de récupérer l'autoroute de Zagreb qui est payante :
4,5 euros , ce n'est pas la ruine ! C'est la première fois depuis que
nous sommes en Croatie que nous rentrons aussi profondément dans les
terres et très vite nous nous mettons à grimper . Une chaine de
montagnes fortement pelées nous barre la route et c'est amusant de voir
l'autoroute attaquer la montagne par de longs mouvements de va et vient
, un peu à la manière du train qui monte de Cuzco à Puno au Pérou . Au
fur et à mesure de notre ascension, le thermomètre chute jusqu'à 14
degrés ;je prends d'ailleurs un coup de froid en descendant du camion
pour acheter des fruits à un paysan installé sur le bas côté : des
clémentines encore vertes que nous n'avons pas encore goûté , du raisin
, des tomates et des poivrons , tout ça pour à peine 4 euros . Plus
loin nous arrêtons à nouveau pour acheter du fromage de montagne qu'ils
vendent , frais ou fumé . Malgré tous ces contre-temps, nous arrivons
sur site vers 11h00 ; comme d'après le guide nous sommes partis pour 3 à
6 heures de marche , nous prenons le sac à dos avec des vêtement chauds,
la gourde et le pique-nique pour ce midi . Nous achetons une entrée
valable deux jours pour 360 couronnes soit à peu prés 50 euros, car
nous ne sommes pas sûr d'être à la hauteur pour tout voir aujourd'hui .
Comme apparemment l'amabilité n'est pas le fort du personnel , nous ne
parvenons pas à obtenir un plan des lieux , ni à la caisse , ni au
bureau d'information , ni à la boutique de souvenirs où on nous a
pourtant envoyé ! Il faut donc se contenter du petit croquis dessiné sur
les billets d'entrée pour parvenir à comprendre le système : en fait il
faut descendre jusqu'à un premier lac par un superbe petit chemin qui
court en sous-bois ; une fois sur la berge, il faut attendre le bac pour
passer sur l'autre rive, où on trouve un sentier qui grimpe sur 4 à 5
kilomètres , le retour se faisant en bus . Le problème ,c'est qu'une
fois débarqués du bateau , c'est un peu la bousculade étant donné qu'il
y a des groupes de touristes harcelés par leur guide comme s'il
s'agissait d'une course en montagne ! Nous finissons par laisser passer
les hordes sauvages, en restant en arrière pour contempler les premières
cascades qui écument parmi la nature , très touffue dans le secteur ;
elles ont creusé à leur pied des espèces d'immenses vasques dans la
roche où l'eau prend une multitude de nuances de vert qui virent au bleu
lorsque les nuages daignent s'écarter un peu du milieu .Nous suivons
ainsi les rives d'une série de lacs qui cascadent les uns dans les
autres, tout en grimpant la montagne sur des passerelles faites de
rondins à peine équarris, dans des grondements sourds accompagnés
parfois de nuages d'embruns . Pas toujours facile de prendre de belles
photos lorsque le soleil joue à cache-cache derrière les nuages ou bien
que des cohortes de touristes envahissent toute la largeur des pontons
pour faire des selfies à la con !Et je ne vous parle pas d'un groupe
d'italiennes qui jouent les Mona Lisa devant l'objectif de leurs chéris
: aie...aie... aie...! Il faut beaucoup de patience parfois pour exercer
son métier de touriste ! Heureusement que le spectacle est aussi
grandiose que varié : résultat ,nous ne voyons pas l'heure tournée et
nous sommes tout surpris de nous retrouver deux heures plus tard sur le
parking où vient nous chercher une espèce de bus articulé qui assure le
retour .
Pour finir ,nous revenons au camping-car avec notre
casse-croute dans le sac à dos : cela nous permet d'améliorer
l'ordinaire en dégommant une salade grecque et des toasts grillés au
fromage acheté ce matin au bord de la route . Il se révèle peu fondant
et surtout peu goûteux . Par contre les petites clémentines à moitié
vertes arrachent les papilles : de vrais citrons , les vaches ...! Dès
que nous sortons de table c'est pour faire un slalom parmi les bus qui
nous ont plus ou moins coincé sur le parking . En cherchant la route du
camping nous tombons sur un petit supermarché où nous complétons nos
courses de bouche : surtout du lait , des yaourts , du chocolat et une
super glace au caramel garnie des pignes : un vrai délice que Dominique
refuse de partager . Puis nous nous installons au camping Korana , du
nom de la rivière issue des lacs que nous avons tant admiré . Nous
essayons trois places sans parvenir à avoir suffisamment d'intensité
électrique pour charger l'ordinateur, complétement à plat . Résultat, je
suis obligé d'aller aux toilettes pour pouvoir recharger l'ordi : je ne
vous explique pas la tête des campeurs lorsqu'ils me voit entrain de
taper le blog , assis sur mon pliant, au beau milieu du sanitaire ! Le
temps de me mettre à jour , la batterie atteint 92% de la charge ! Dès
que le soleil disparait derrière la crête couverte de sapins , le
thermomètre se met à dégringoler sévèrement au point que nous mettons un
petit coup de chauffage pour prendre le repas du soir .
















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