dimanche 26 juin 2016

ppi étape 20 le 26 juin 2016 Tobolsk

Il a plu toute la nuit et ce matin le thermomètre du
camping-car affiche 12 degrés : il faut que je mette un peu de chauffage
pour pouvoir blogger pendant que Dominique fait la grasse-mat jusqu'à 8h15 .
Vers 9h00 nous descendons à pieds ,malgré la pluie qui sévit
toujours , du Kremlin à la ville basse pour assister à un petit concert
d'orgue promis par un curé polonais rencontré hier sur le parking .
Arrivé avec un quart d'heure de retard il nous raconte l'histoire de son
église , détruite par les bolcheviques puis reconstruite par des
prisonniers polonais déportés en Sibérie . Ami de Jean-Paul II qui lui a
offert un vélo , il a effectué avec celui-ci le voyage de Vilnius à
Irkoutsk il y a 2 ans . Il a visité 52 pays de cette façon avant
d'arriver ici il y a 1 an pour remettre en ordre le diocèse riche de
seulement 20 familles catholiques . Il nous fait visiter la petite
chapelle attenante à l'église avec la Vierge Noire polonaise devant
laquelle il désire être pris en photo en notre compagnie . Enfin il nous
invite à écouter quelques morceaux d'orgue joués par une de ses
paroissiennes , professeur au conservatoire de Tobolsk . Nous regagnons
ensuite la vieille ville en grimpant un escalier de 215 marches .
Hier soir , il y avait aussi sur le parking un jeune ingénieur
français , agé de 27 ans qui est venu spontanément à notre rencontre .
Comme nous, il doit se rendre à Oulan Bator en Mongolie en moto . Etant
donné qu'il n'a pas trouvé de chambre d'hôtel dans ses prix , il passe
la nuit dans le camping-car de Roger .
Vers 10h00 notre guide locale , Larissa , vient nous chercher
pour une visite détaillée du Kremlin commentée en russe que notre brave
Aldar traduit en y ajoutant tout une série d'anecdotes, comme il sait
faire à la perfection . Tobolsk a longtemps été la capitale de la
Sibérie , du mot turc Sib-ir , terre glacée .Au XVIème siècle , Ivan le
Terrible , agrandit son empire en colonisant les terres voisines de
l'Est ; il annexe d'abord la région de Kazan , puis l'Oural du côté
Ekaterinbourg et envoie ses troupes cosaques encore plus à l'Est ; cette
guerre d'annexion dure prés de 150 ans . C'est sous Pierre le Grand
qu'un dénommé Gagarine (qui n'a rien à voir avec le premier homme de
l'espace) finit la conquête de la Sibérie . Revenu à St Pétersbourg , il
se fait pendre en guise de récompense , le Tsar ne voulant pas être
redevable certainement . D'après Aldar il aurait même été pendu deux
fois : la première avec une corde qui a fini par pourrir , la seconde
fois avec une chaîne car le monarque voulait que la dépouille reste
exposée le plus longtemps possible en guise d'exemple ! Tobolsk veut
dire "montagne du khan" , la cité étant construite sur une petite
colline . Le premier Kremlin , construit en bois sous Ivan le Terrible
ayant brûlé , Pierre le Grand fit construire le second en pierres
blanches . La forteresse abrite la Cathédrale orthodoxe Sainte Sophie
garnie de quatre magnifiques bulbes bleus décorés d'étoiles dorées et
d'un autre central , énorme celui-la ,couvert de plaques faites du
précieux métal jaune .C'est la plus grande cathédrale orthodoxe
construite au delà de l'Oural . Jugée trop grande , donc trop difficile
à chauffer, on en a construit une autre plus petite à côté , baptisée
tout simplement Cathédrale d'hiver . Nous passons ensuite devant les
appartements du gouverneur et un peu plus bas devant une vaste
construction qui abritait l'administration fiscale car ici il fallait de
la place , les autochtones payant leurs impôts en nature , souvent en
peau de bêtes , en fourrures de zibeline . De la terrasse supérieure ,
on a une vue très dégagé sur toute la ville basse et ses nombreuses
églises orthodoxes , sur la rivière Irkich ainsi que sur toute la plaine
inondée .
Nous continuons ensuite par la visite du musée historique de
Tobolsk où on nous invite à nous déshabiller tant nous dégoulinons
littéralement de flotte . On y voit des vitraux faits de petites plaques
de quartz translucides montées avec des joints de plomb car le verre n'a
été connu ici que tardivement . Comme il n'y avait pas non plus de
ruches en Sibérie à cette époque , il n'y avait pas de cire donc pas de
bougie : sur une espèce de chandelier , on brûlait de fines lamelles de
bois en ayant pris la précaution de mettre une assiette remplie d'eau
sous le chandelier .
Une salle est consacrée à l'armement des soldats : des arcs et des
flèches pour les cosaques , des fusils pour les soldats russes dont les
crosses sont parfois décorées d'incrustations d'ivoire provenant de
défenses de mammouth retrouvées dans le permafrost . Il y a aussi des
côtes de mailles qui pèsent jusqu'à trente kilos : certains , parait-il
, en portaient deux l'une sur l'autre !! Une autre salle est consacrée à
la vie de tous les jours : ramassage de pignes de cèdre l'été pour en
faire une huile , très chère , d'avantage utilisée pour les soins du
corps et actuellement encore vendue aux chinois pour la médecine
traditionnelle . Les petits sibériens passent les trois mois de vacances
scolaires dans la forêt pour cette cueillette et celle des fraises des
bois qu'ils vendent aux bords des routes . Une petite explication
d'Aldar concernant la pointe des chaussures relevées des autochtones :
c'est pour ne pas blesser la Terre qui selon les croyances chamaniques
représente la Mère , le Ciel étant le Père, exactement comme chez les
indiens du Pérou . Un autre objet attire notre attention ; çà ressemble
à un déguisement pour bal masqué , magnifique loup brodé finement avec
des couleurs vives et un liseré de fourrure autour . Ce sont des
lunettes de soleil sibériennes , surtout utilisées par les chasseurs
pour protéger leurs yeux mais aussi pour rappeler les couleurs
lorsqu'ils vivent plus de six mois dans un univers complétement blanc
qui aurait tendance à rendre fou ! Deux pièces sont ensuite consacrées à
Pierre le Grand avec des cartes géographiques de ces nouvelles terres
conquises à l'Est ; homme très cultivé , qui avait fait ses études en
Europe occidental , il avait interdit le port de la barbe en Russie ; il
fallait payer un impôt pour pouvoir la conserver . La salle suivante
montre un superbe arbre généalogique des Empereurs avec le dernier Tsar
, Nicolas II , qui après avoir abdiqué après la révolution de 1917 , a
été déporté avec sa famille en Sibérie, à Tobolsk même . Un peu plus
loin le musée rend hommage à une gloire locale , le grand physicien
Mendéleïev à qui on doit la fameuse table , mais aussi d'après Aldar la
vodka à 40 degrés ; jusque là elle existait à des titrages variables en
fonction de la distillation , il a appris la technique de la dilution à
l'eau à ces concitoyens pour en régulariser le degré .
C'est avec la tête pleine de détails et d'anecdotes en tout
genre que nous quittons le musée pour visiter la prison qui a servi
jusqu'à la fin de l'époque soviétique : le génie de l'homme ne manque
lorsqu'il s'agit de réprimer !
Puis nous allons manger dans une grande isba , de l'autre côté de la
place : des crudités servies avec une compote d'airelles , un
incontournable "borch"(potage) au poisson , une fricassée de poulet au
bulgour et pour terminer des crêpes . Après le repas nous allons
chercher le thé directement au samovar : un peu de thé , très fort ,dans
une tasse qu' on dilue à discrétion à l'eau bouillante en jouant avec le
petit robinet d'argent situé à sa base .
L'après midi est consacrée à une visite en bus de la ville
basse où nous découvrons plusieurs églises orthodoxes toujours aussi
belles avec leurs bulbes finement décorés , des alignements de jolies
isbas agrémentées de dentelle en bois sculpté et la maison où la famille
impériale de Nicolas II a séjourné pendant les six derniers mois de sa
vie .
Libérés de nos obligations touristiques de bonne heure , nous
profitons de ce quartier libre inattendu pour transférer les films et
les photos sur l'ordi en sirotant un café bien chaud , au coin du feu
,dans nos camping-cars respectifs . Quel bonheur après une journée de
ballade sous la pluie battante et dans le vent sibérien ...!

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