Hier , comme chaque soir après la réunion , nous avons eu droit
à un nouveau chapitre de prévention routière :" demain on commence
choses sérieuses , on arrive en Sibérie , chez moi , l'étape très longue
, plus de 600 kilomètres dans steppe très monotone , attention si
chauffeur fait l'oiseau , balance la tête , il faut arrêter ... c'est
très sérieux , vous verrez ....si tu fais attention , tu dors et c'est
capoute !"
Conscients de l'ampleur de la tâche , nous partons le plus tôt
possible d'Ekaterinbourg : on a beau se lever tôt , il y a les
obligations incontournables du matin , blog , petit déj , toilette ,
vidange eaux grises, plein d'eau propre , multipliées par 3 équipages et
nous voilà qu'il est déjà à 7h30 . Comme lors de notre arrivée dans la
capitale de l'Oural ,le GPS de Serge qui prend la tête de la colonne ce
matin , se met à bugger , et nous fait tourner en rond . Marc ,
toujours en position centrale du fait de ses problèmes mécaniques est
obliger de prendre la main pour nous mettre sur la route de Tyumen .
Aprés avoir traversé quelques villages ,aux isbas délabrées, qui font
encore partie de la grande couronne d'Ekatrinbourg , nous plongeons dans
la sauvagerie la plus totale . Même la forêt omniprésente nous quitte ,
ou plutôt recule jusqu' au fin fond de l'horizon pour ne constituer plus
qu'un fin liseré sombre au bout de laine : devant c'est le domaine des
herbes folles qui ondulent sous le vent . Plus de groupes d'autochtones
qui attendent le bus , plus de paysannes non plus, vendant le produit
de leur culture sur le bas côté de la route . Pourtant quelques panneaux
indiquent des nom de communes , mais celles-ci restent invisible à
distance de notre axe , loin dans la steppe .
A cette sauvagerie ambiante vient s'ajouter de très mauvaises
conditions de route depuis notre départ : on dirait que la chaussée
s'est boursoufflée comme une pâte feuilletée dans le four , formant
d'énormes bosses , de véritables tremplins qui nous font décollés pour
mieux retomber dans d'impressionnantes ornières creusées par l'hiver .
La horde sauvage des camions a bien saboté le macadam en laissant de
profonds sillons qui rendent notre trajectoire des plus incertaines !
Pas facile à prendre en travers ces montagnes russes , lorsque après un
doublement , il faut essayer de se rabattre sur la file de droite . Le
plus souvent à deux voies et infestée de poids lourds , la P351 nous
laissera des souvenirs impérissables . Perdus en cherchant le fameux
périphérique nord de Tyumen , nous nous retrouvons dans une espèce de
cul de sac ; au bord de la rivière Tura , nous décidons de profiter de
notre erreur et d'un demi-tour obligatoire pour pique-niquer : le
thermomètre aussi nous rappelle que nous entrons en Sibérie en affichant
tout juste 17 degrés . Il faut mettre le pull pour passer à table .
Cette après midi ,c'est notre équipage qui prend la tête de la
colonne et bien sûr notre GPSne semble pas avoir supporté la pose
déjeuner et le voilà qu'il nous fait tourner en rond pour sortir de
Tyumen : je n'aurais pas dû me moquer de Serge ce matin ! Résultat nous
expérimentons une nouvelle fois le demi-tour sur une quatre voies : en
pleine digestion , c'est pas facile de couper la chaussée de gauche sur
laquelle arrivent de face et à fond la caisse une armée de conducteurs
russes...et de camions ...! Pour mettre encore un peu plus de piment
dans la sauce , cette fois il y a un énorme trou juste à l'endroit où
nous finissons le U-turn . Moi je choisis la solution d'une roue de
chaque côté en roulant dans les graviers sur le bas-côté et en levant
une poussière pas possible . Serge , certainement gêné par ma présence ,
n'a pas la même chance et plonge dans l'ornière de bon coeur ; il frappe
le dessous de son avant heureusement avec son blindage ! Marc , calmé
par nos exploits , opte pour la prudence en pivotant calmement au nez et
à la barbe de la horde sauvage qui freine malgré tout sans trop protester !
Après Tyumen , la rivière Tura a certainement débordé ces
derniers jours , laissant derrière elle un chapelet d'étangs parmi les
pâtures et les bouquets d'arbres . Lorsque le ciel nuageux de cette
après-midi daigne laisser filtrer quelques rayons de soleil , ce sont
des centaines de miroirs qui scintillent un peu partout dans cette
nature sauvage .
Par chance pour nous les conditions de route s'améliorent beaucoup sur
la P404 . Après le bassin de la Tura , nous retrouvons aussi les petits
villages qui s'égrainent le long de la route avec leur cortège de petits
marchands : des fraises des bois des cornichons , et surtout des
bouquets de plantes aromatiques ou médicinales décorent leurs minuscules
étales . Un peu plus loin nous essuyons notre premier contrôle de police
: un tout jeune russe se contente de vérifier nos permis internationaux
et la carte grise du véhicule , sa motivation première étant d'avantage
la curiosité plus autre chose . En cinq minutes il vérifie les trois
véhicules , puis nous laisse filer vers Tobolsk que nous atteignons vers
18h30 après 9h30 de volant dans des conditions pas toujours très faciles
! Malgré tout il nous reste suffisamment d'énergie pour aller faire
quelques courses de bouche : 2000 roubles soit 26 euros pour deux beaux
sacs pleins . La vie est vraiment beaucoup moins chère que chez nous à
condition de rester dans le basique . Ici le luxe n'existe pas !
Ce soir nous sommes royalement logés sur un parking face au
Kremlin dont les remparts de briques peintes en blanc abritent de
superbes églises orthodoxes dont nous voyons pointer les énormes bulbes
dorées par dessus . Tous çà , là , à portée de main , devant notre
pare-brise . Mais ce soir, pour la première fois depuis bien longtemps,
la température ambiante nous oblige à prendre l'apéro à bord de notre
camping-car .











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