Ijevsk ,capitale de l'Oudmourtie , est aussi la capitale de la
fabrication d'armes et en particulier de la célèbre Kalachnikov .Comme
dit Aldar , notre bouriate , "pas confondre avec modèle chinois , un
gravier et çà s'enraye , ou les contrefaçons roumaines qu'on trouve chez
vous , ici c'est modèle russe , tu peux le mettre dans l'eau , dans la
neige, par moins quarante degrés , dan!dan!dan! tu tires comme tu veux
...!" Et il embraye aussitôt sur un autre chapitre de la prévention
routière : " ici routes russes très mauvais , pas suivre trop prés si
non cailloux dans pare-brise ,; si étoile mettre scotch chaque côté si
non pare-brise capoute avec les chaos !" Il nous invite à avancer nos
montres d'une heure car nous avons changer de fuseau horaire par
rapport à Moscou ( ce qui porte le décalage avec la France à deux
heures) . Ici , on a l'impression que le soleil ne se couche presque
plus : hier soir il faisait encore clair à 23 h00 et lorsque je me suis
levé cette nuit pour aller aux toilettes vers 3 h00 il faisait déjà
soleil ! Logés à côté d'un centre scolaire , nous avons pu avoir une
longue discussion en anglais avec des jeunes lycéens , très admiratifs
de notre projet de voyage jusqu'à Pékin à nos âges . Ils nous donnent ,
en gage d'amitié , des CD de musiques qu'ils ont enregistré .
Aujourd'hui , c'est Marc et Monique qui tiennent la une de la
rubrique mécanique : à peine avons-nous fait 2 km qu'il faut faire
demi-tour pour rentrer au camp de base pendant que Jean-Yves , le mécano
est encore là . Leur témoin de turbot est allumé ; il parait que c'est
le filtre à particules qui est bouché . Grâce à son banc électronique ,
il parvient à éteindre le témoin et nous invite à rouler comme çà en
attendant de le nettoyer ce soir .
Deuxième départ qui ne nous mène pas beaucoup plus loin ; et
cette fois en plus du témoin allumé , Marc n'a plus de compression . De
retour au camping , cette fois Jean-Yves enfile la combinaison de
mécanicien , sort le cric , se glisse sous le véhicule et le verdict
tombe : le filtre est complètement bouché , il faut changer la pièce
qu'il n'a malheureusement pas en stock .Il faut appeler Aldar , déjà
parti tôt ce matin . Par téléphone il arrive à joindre un garage Fiat
dur Ijevsk qui est d'accord pour effectuer les travaux à condition de
lui apporter le véhicule .
Pendant que Marc et Monique prennent la direction du garage ,
nous décidons avec Serge et Marie-Do d'avancer un peu vers Perm pour
faire le plein de gasoil d'abord et ensuite pour trouver un coin ombragé
pour les attendre pour le pique-nique . Comme hier , nous commandons
trop de carburant :pas question de mettre le surplus dans les nourrices
, elles sont déjà pleine toutes les deux ; cette fois nous le stockons
dans des magnum d'eau vide!!
Aujourd'hui la M7 nous fait traverser une succession de petits
villages plus beaux les uns que les autres avec leurs jolies isbas en
rondins , avec de superbes encadrements de fenêtre sculptés et peints de
couleurs vives . Parfois les toits aussi offrent un curieux patchwork
associant le vert , le rouge et le bleu vif , un peu à la mode des pays
nordiques . Entre deux c'est le domaine de la forêt et des prairies .
Ici les hauts lupins bleus violets omniprésents depuis notre arrivée en
Russie font place aux épilobes d'un mauve plus délicat , un peu comme
dans nos montagnes.
Un peu partout dans les clairières , des dériques dodelinent de la
tête, pompant inlassablement le pétrole comme d'énormes Shaddocks . De
hautes torchères crachent de grandes flammes au dessus des sapins . De
curieuses cages attirent également notre attention car celles-ci
protègent de grosses vannes tout juste sorties de terre . La région est
vraiment très pétrolifère comme nous l'avait prévenu Aldar .
Un petit coup de fil donné à Marc et Monique nous apprend
qu'ils sont encore au garage . Nous décidons avec Serge, par talky
walky , de les attendre en pique-niquant . Nous quittons dès que
possible la M7 par une petite route de traverse qui se transforme
rapidement en chemin de terre bourré d'ornières . Partout c'est la
récolte du foin ; au bout de quelques kilomètres nous traversons un
petit village aux isbas faites de rondins . Après avoir obtenu
l'autorisation d'un autochtone , plutôt rébarbatif au premier abord ,
nous nous installons dans un carré d'herbe à peu prés plat , devant chez
lui . Bien que notre intrusion est fait sensation dans la commune , nous
ne déclenchons pas de vague de curiosité : tout le monde semble très
réservé dans le secteur , hormis trois gamins qui passent et repassent
en vélo . Ici on récolte encore le foin à la fourche que l'on charge
directement sur la charrette sans faire de bottes . Seul un coq, avec
son troupeau de poules à ses trousses, vient nous rendre visite . Comme
nous avons du temps à perdre , nous sortons même l'auvent pour nous
abriter du soleil encore très ardent aujourd'hui ; le thermomètre ne
décolle plus du 35 , sauf la nuit . Ce midi nous goûtons enfin le
célèbre saucisson russe , qui se révèle correct et quelques pâtisseries
que Dominique avait acheté hier au marché au poissons fumés .L'un est à
base de pain d'épice fourré avec quelque chose de sucré indéfinissable
et l'autre c'est une pâte sablé avec un genre de confiture de prune .
Des mets qui tiennent bien corps en tout cas !!
Arrivés au café , un nouveau coup de fil nous apprend qu'ils
viennent de quitter le garage et qu'ils prennent une petite route
blanche sur la carte routière qui coupe dans l'angle que fait la M7 ;
nous décidons alors d'avancer doucement plutôt que de les attendre ici .
Dès que nous récupérons le grand axe routier , c'est pour sauter et
rebondir inlassablement sur un champ de bosses et d'ornières , parfois
très profondes , où il ne ferait pas bon aventurer une roue ! Il faut
être très vigilent au volant et parfois les yeux du copilote ne sont pas
de trop pour éviter les pièges en tout genre . C'est amusant de voir de
loin les semi-remorques serpenter sur le bitume , jetant leur cabine un
coup à droite , un coup à gauche . C'est beaucoup moins drôle lorsqu'il
rapproche !!
Nous laissons Perm de côté pour continuer vers Ekaterinbourg et
trouver notre lieu de bivouac . Il parait que Staline avait fait
disparaitre la ville de Perm des cartes géographiques bien qu'il
s'agisse d'une agglomération de plus d'un million d'habitants et qui est
la capitale de l'Oural à cause de l' énorme goulag Perm-36 , réservé aux
prisonniers politiques . Il a été définitivement fermé et transformé en
musée par Gorbatchev en 1990 .
Nous retrouvons avec soulagement Marc t Monique au camping ,
une demi-heure après notre arrivée . Malheureusement le garage d'Ijevsk
n'avait pas la pièce : Jean-Yves l'a commandé aussitôt et nous la
récupérerons dans quinze jours en Mongolie : en attendant il faudra
bidouiller ...! Le moral n'est donc pas au beau fixe ce soir .








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