samedi 25 juin 2016

ppi étape 19 samedi 25 juin 2016 Ekaterinbourg-Tobolsk

Hier , comme chaque soir après la réunion , nous avons eu droit
à un nouveau chapitre de prévention routière :" demain on commence
choses sérieuses , on arrive en Sibérie , chez moi , l'étape très longue
, plus de 600 kilomètres dans steppe très monotone , attention si
chauffeur fait l'oiseau , balance la tête , il faut arrêter ... c'est
très sérieux , vous verrez ....si tu fais attention , tu dors et c'est
capoute !"
Conscients de l'ampleur de la tâche , nous partons le plus tôt
possible d'Ekaterinbourg : on a beau se lever tôt , il y a les
obligations incontournables du matin , blog , petit déj , toilette ,
vidange eaux grises, plein d'eau propre , multipliées par 3 équipages et
nous voilà qu'il est déjà à 7h30 . Comme lors de notre arrivée dans la
capitale de l'Oural ,le GPS de Serge qui prend la tête de la colonne ce
matin , se met à bugger , et nous fait tourner en rond . Marc ,
toujours en position centrale du fait de ses problèmes mécaniques est
obliger de prendre la main pour nous mettre sur la route de Tyumen .
Aprés avoir traversé quelques villages ,aux isbas délabrées, qui font
encore partie de la grande couronne d'Ekatrinbourg , nous plongeons dans
la sauvagerie la plus totale . Même la forêt omniprésente nous quitte ,
ou plutôt recule jusqu' au fin fond de l'horizon pour ne constituer plus
qu'un fin liseré sombre au bout de laine : devant c'est le domaine des
herbes folles qui ondulent sous le vent . Plus de groupes d'autochtones
qui attendent le bus , plus de paysannes non plus, vendant le produit
de leur culture sur le bas côté de la route . Pourtant quelques panneaux
indiquent des nom de communes , mais celles-ci restent invisible à
distance de notre axe , loin dans la steppe .
A cette sauvagerie ambiante vient s'ajouter de très mauvaises
conditions de route depuis notre départ : on dirait que la chaussée
s'est boursoufflée comme une pâte feuilletée dans le four , formant
d'énormes bosses , de véritables tremplins qui nous font décollés pour
mieux retomber dans d'impressionnantes ornières creusées par l'hiver .
La horde sauvage des camions a bien saboté le macadam en laissant de
profonds sillons qui rendent notre trajectoire des plus incertaines !
Pas facile à prendre en travers ces montagnes russes , lorsque après un
doublement , il faut essayer de se rabattre sur la file de droite . Le
plus souvent à deux voies et infestée de poids lourds , la P351 nous
laissera des souvenirs impérissables . Perdus en cherchant le fameux
périphérique nord de Tyumen , nous nous retrouvons dans une espèce de
cul de sac ; au bord de la rivière Tura , nous décidons de profiter de
notre erreur et d'un demi-tour obligatoire pour pique-niquer : le
thermomètre aussi nous rappelle que nous entrons en Sibérie en affichant
tout juste 17 degrés . Il faut mettre le pull pour passer à table .
Cette après midi ,c'est notre équipage qui prend la tête de la
colonne et bien sûr notre GPSne semble pas avoir supporté la pose
déjeuner et le voilà qu'il nous fait tourner en rond pour sortir de
Tyumen : je n'aurais pas dû me moquer de Serge ce matin ! Résultat nous
expérimentons une nouvelle fois le demi-tour sur une quatre voies : en
pleine digestion , c'est pas facile de couper la chaussée de gauche sur
laquelle arrivent de face et à fond la caisse une armée de conducteurs
russes...et de camions ...! Pour mettre encore un peu plus de piment
dans la sauce , cette fois il y a un énorme trou juste à l'endroit où
nous finissons le U-turn . Moi je choisis la solution d'une roue de
chaque côté en roulant dans les graviers sur le bas-côté et en levant
une poussière pas possible . Serge , certainement gêné par ma présence ,
n'a pas la même chance et plonge dans l'ornière de bon coeur ; il frappe
le dessous de son avant heureusement avec son blindage ! Marc , calmé
par nos exploits , opte pour la prudence en pivotant calmement au nez et
à la barbe de la horde sauvage qui freine malgré tout sans trop protester !
Après Tyumen , la rivière Tura a certainement débordé ces
derniers jours , laissant derrière elle un chapelet d'étangs parmi les
pâtures et les bouquets d'arbres . Lorsque le ciel nuageux de cette
après-midi daigne laisser filtrer quelques rayons de soleil , ce sont
des centaines de miroirs qui scintillent un peu partout dans cette
nature sauvage .
Par chance pour nous les conditions de route s'améliorent beaucoup sur
la P404 . Après le bassin de la Tura , nous retrouvons aussi les petits
villages qui s'égrainent le long de la route avec leur cortège de petits
marchands : des fraises des bois des cornichons , et surtout des
bouquets de plantes aromatiques ou médicinales décorent leurs minuscules
étales . Un peu plus loin nous essuyons notre premier contrôle de police
: un tout jeune russe se contente de vérifier nos permis internationaux
et la carte grise du véhicule , sa motivation première étant d'avantage
la curiosité plus autre chose . En cinq minutes il vérifie les trois
véhicules , puis nous laisse filer vers Tobolsk que nous atteignons vers
18h30 après 9h30 de volant dans des conditions pas toujours très faciles
! Malgré tout il nous reste suffisamment d'énergie pour aller faire
quelques courses de bouche : 2000 roubles soit 26 euros pour deux beaux
sacs pleins . La vie est vraiment beaucoup moins chère que chez nous à
condition de rester dans le basique . Ici le luxe n'existe pas !
Ce soir nous sommes royalement logés sur un parking face au
Kremlin dont les remparts de briques peintes en blanc abritent de
superbes églises orthodoxes dont nous voyons pointer les énormes bulbes
dorées par dessus . Tous çà , là , à portée de main , devant notre
pare-brise . Mais ce soir, pour la première fois depuis bien longtemps,
la température ambiante nous oblige à prendre l'apéro à bord de notre
camping-car .

vendredi 24 juin 2016

ppi étape 18 le 24 juin 2016 Ekaterinbourg

Dans la série panne , on continue sur notre lancée : hier soir
c'est le frigo qui est parti en vrille . Une fois de plus je sollicite
Jean-Yves , notre mécano bien aimé , pour résoudre le problème . En un
tour de main , il comprend qu'il s'agit ne notre gicleur qui est bouché
; par contre il ne comprend pas que chez Opale Evasion ils ont changé
le brûleur juste à côté sans vérifier le gicleur alors que nous avions
demandé et payé une révision complète du frigo avant notre départ!!
Résultat nous sommes obligés de faire cuire tous les sachets de viande
et de poisson qui étaient dans le congélateur . Malheureusement ce matin
, les glaçons ne sont toujours pas durs et Jean-Yves est obligé
recommencer le nettoyage du gicleur : malgré tout son ton rassurant nous
soulage quant à l'issu de ce nouvel incident mécanique .
La nuit , bien fraîche pour une fois ,a été particulièrement
réparatrice ; nous nous réveillons vers 7h00 après une nuit de bébé .
Comme nous n'avons plus de pain , nous nous contentons de corn-flakes
au petit déjeuner et à 9h00 tapantes , nous partons en bus en compagnie
de notre nouvelle guide Catherine , comme le nom de la ville qu'elle va
nous faire découvrir . C'est Pierre le Grand qui a fondé Ekaterinbourg
pour en faire une ville industrielle en utilisant l'énergie hydraulique
; il a donc fait construire un barrage , ce qui nous a permis de
profiter d'un magnifique lac juste à côté de notre parking-camping .
Parvenus de l'autre côté du plan d'eau , Catherine nous montre deux
bâtiments modernes de verre et d'acier , abritant le chef du
gouvernement et la chambre des députés , l'exécutif voisinant le
législatif . En face , prés du square aux mille jets d'eau se dresse la
statue de Boris Elsine , l'enfant terrible de la région mais aussi le
premier président de la Russie démocratique .
A bord du bus , les conversations concertant la coupe du monde
de foot-ball qui a lieu en France en ce moment vont bon train et bien
sûr l'un de nous vient titiller Aldar car l'équipe russe vient d'être
éliminée : " à ton avis , quand est-ce que les Russes gagneront la coupe
du Monde de foot ? Quand les Brésiliens remporteront celle de hockey sur
glace , je pense !" Un autre sujet d'actualité anime également notre
petite communauté , c'est la sortie de la Grande Bretagne de l'Europe ce
matin . Treach et Nils , notre couple d'anglais, fort sympathiques
malgré tout , reste sur leur réserve toute la journée .
Catherine nous emmène maintenant dans l'ancien quartier des
négociants , datant du XVIIIème siècle pour admirer de jolies maisons en
bois : construites comme les isbas que nous avons vu le long des routes
dans les villages, avec des rondins , celles-ci sont élégamment
décorées de dentelles en bois qui en soulignent les arêtes principales ;
les encadrements de fenêtres , les linteaux et les volets ne sont pas en
reste quant à la finesse de la décoration . Des porches , des balcons ,
des chiens assis viennent terminer le travail pour le plus grand plaisir
de nos yeux . Un peu plus loin , dans un quartier voisin , c'est la
bibliothèque et un club de poésie qui ont pris demeure dans des isbas
de luxes comme celles des marchands .
Revenus dans la zone moderne , à proximité du lac , elle nous
montre la plus grande salle de spectacle de la ville baptisée Kosmos
avec la sculpture des frères lumières installés devant en mémoire de
leur passage ici à Ekaterinbourg . Cette première projection de film a
déclenché une véritable passion de la population ouralienne , ce qui
fait que la ville possède actuellement plus de 250 cinémas et 65
théâtres . Autre forme de spectacle , elle nous montre à l'autre bout de
l'avenue le cirque d'hiver : construit sous forme de sphère largement
ajourée sous laquelle est suspendu le chapiteau , il ne manque pas
d'allure .
Nous débarquons ensuite quelques instants du bus pour traverser
à pieds un parc décoré de larges escaliers , d'une pièce d'eau centrale
dans laquelle se reflètent la hautes silhouettes des immeubles voisins
et de vastes terrasses dallées où une danseuse , à mon avis
professionnelle ,exécute un numéro de patinage artistique à couper le
souffle. Munie d'écouteur lui procurant la musique nécessaire à sa
répétition, elle est dans sa bulle et elle enchaîne toutes une série de
figures des plus gracieuses sans se soucier le moins du monde de nos
regards admiratifs . Le décor de verdure , la spontanéité de cette
exhibition rendent ce spectacle encore plus saisissant que sur la scène
d'un théâtre . Restés à la traîne pour faire quelques photos , nous nous
dépêchons de rejoindre Catherine qui ne tarit pas déloge devant un
bâtiment servant à accueillir les délégations étrangères : du XVIIIème
siècle également , il rassemble tous les styles et ses couleurs un peu
criardes lui donnent une allure de gros gâteau d'anniversaire : il ne
manque plus que les bougies !
Un nouveau coup de bus mais cette fois beaucoup plus long car
nous quittons la ville par la route P241 qui nous a conduit à
Ekaterinbourg hier . Nous commençons par visiter le mémorial construit à
la mémoires des 18 000 victimes du goulag local : construit en pleine
forêt , c'est émouvant de découvrir toutes ces stèles de pierre garnies
de la liste de nom des victimes de la bêtise et de l'intolérance humaine
. Quelques kilomètres plus loin , c'est tout le contraire, ici c'est
l'insouciance , la frivolité : des rubans de toutes les couleurs
accrochés par les futurs époux aux sapins de la forêt marquent la
frontière entre l'Europe et l'Asie . La tradition veut qu'on boive le
champagne lors de ce passage en mémoire de celui qui a consacré une
bonne partie de sa vie à en déterminer la limite exacte qui correspond à
la ligne de partage des eaux entre à l'ouest le bassin de la Volga et à
l'Est le bassin de l'Obe . Et donc Aldar avec la complicité de Géraldine
nous servent une petite coupe de champagne russe , pas désagréable du
tout quoique un peu trop moelleux à mon goût avant l'inévitable photo de
groupe .
Nous regagnons la capitale de l'Oural pour goûter la cuisine
ouralienne dans un superbe restaurant du centre dont le décor intérieur
rappelle celui d'une isbas ; le potage , l'inévitable "borch" russe, à
base de tomates , d'oignons , de céleri en branche , de navets et de
pommes de terre , se révèle excellent . On continue notre découverte
gustative par un poisson de rivière servi avec des haricots verts et
nous terminons par une espèce de chausson en pâte feuilletée, fourré de
petits dés de pomme parfumés à la cannelle . Ici le personnel est
extrêmement gentil contrairement à celui de la région de Kazan .
Nous consacrons toute l'après midi à la famille Romanov , le
dernier Tsar Nicolas II , son épouse petite fille de la reine Victoria
, leures quatre filles Olga , Maria ,Vanessa , Anastasia et le petit
tsarévich Aléxis , atteint d'hémophilie qu'il tient de la famille
d'Angleterre . Nous attaquons par un monastère construit en pleine forêt
sur le lieu d'une mine désaffectée où les bolcheviques auraient voulu
faire disparaitre les corps après l'assassinat des sept membres de la
famille et de quatre domestiques . Il y a donc sept églises orthodoxes
nichées dans une clairière pour entretenir leur mémoire ,construction
commandité par Boris Elsine en fin de mandat présidentiel , le même qui
en début de carrière politique avait fait raser la maison où la famille
impériale avait trouvé la mort ! Un remord avant la mort , peut-être !!
Nous revenons en ville pour admirer les bulbes dorés de la cathédrale
orthodoxe du Christ Saint Sauveur du Sang Versé , construite sur
l'emplacement de la maison où eu lieu l'assassinat collectif en juillet
1918 alors que l'armée des russes blancs encerclait Ekaterinebourg .
A l'initiative de Géraldine , nous organisons une fête des
voisins en dressant une table d'une vingtaine de mètres de long , face
au lac pour diner ensemble , soit 34 ppistes et deux accompagnateurs .
Vous pourrez donc faire connaissance avec Aldar , notre bouriate en
regardant les photos ; vous le reconnaitrez facilement , il est au
premier plan .

jeudi 23 juin 2016

ppi étape 17 le 23 juin 2016 Perm Ekaterinbourg

Ce matin , nous nous réveillons avec la pluie ; dommage , nous
avions laisser le salon de jardin dehors pour prendre le petit déj . Cà
fait bien longtemps que nous n'avions pas eu de mauvais temps , le
thermomètre est à peine à 17 degrés . Nous reprenons notre progression
vers l'Est dès 8h30 : en principe aujourd'hui nous franchirons la barre
des six mille kilomètres ! Nous espérons que le camping-car de Marc
tiendra le coup : par sécurité il reste au milieu de notre petite
colonne sous notre étroite surveillance ; Serge ouvre la marche pendant
que nous servons de voiture balais . Reste plus qu'à croiser les doigts
en espérant que son voyant de turbo reste éteint ! Hier soir , lors de
la réunion nous avons encore eu le droit à un nouveau chapitre de
prévention routière , façon Aldar : "plus tu va vers l'Est , plus
routes mauvais , plus trous profonds , faire très attention dans
doublement , voitures russes arrivent très vite en face , quelques fois
150 km/h !"
Sur le premier tronçon de l'étape nous retrouvons les routes
épouvantables d'hier avec d'énormes bosses et des trous difficiles à
voir du fait qu'ils sont remplis d'eau . La proportion de camions croît
régulièrement au fur et à mesure que nous avançons vers l'Est ,ce qui ne
nous facilite pas la tâche ! Nous avons même droit à un bouchon suite à
un grave accident , une camionnette complétement écrabouillée sur le cul
d'un semi-remorque ,avec une dizaine de voitures de flics garées
n'importe comment , histoire de réduire encore un peu plus la fluidité
de la circulation .Un autre piège sur cette M7 , ce sont les tronçons de
chaussée parfaitement lisses comme des billards qui brusquement se
métamorphosent en tôle ondulée .Rapidement je suis obligé de prévenir
Serge par talky que je roule sur la réserve ; et malgré cela je ne
parviens à mettre que 43 des 55 litres de gasoil payés d'avance .
Résultat chacun de nous se dévoue pour compléter son plein mais il en
reste quand même ! Dominique profite de cet intermède pour aller acheter
des tomates à une paysanne installée sur le bas côté de la route malgré
la pluie qui continue à tomber . Plus loin ce sont surtout des
confitures et des pots de miel que les autochtones proposent le long de
la route .
Nous traversons très peu de villages aujourd'hui , la région a
l'air plus sauvage et les forêts plus denses aussi ; le peu d'isbas que
nous voyons parait bien triste avec cette lumière blafarde et
l'humidité qui en assombrit leurs rondins. Notre attention est attirée
par les petits cimetières , installés à la sortie des communes , juste
à la lisière de la forêt ; certaines tombes se cachent même parmi les
sapins , la plupart sont couvertes de hautes herbes et de fleurs
sauvages , ne laissant dépasser que le sommet des croix et des stèles .
Malgré la sauvagerie du coin nous tombons sur un déballage de flics
impressionnant : des radars mobiles camouflés , des voitures banalisées
, tout est bon pour piéger les conducteurs , surtout dans les zones
limitées à 40 km/h . Malgré toutes ces embûches nous parvenons à
maintenir une moyenne de 60 km/h ce qui fait que nous arrivons à boucler
l'étape sur la matinée , un peu prolongée certes car nous nous
installons au camping vers 14h00 : en fait nous sommes sur le parking du
stade.
Après le pique-nique pris sur le tare-mac à l'ombre du store ,
nous allons visiter Ekaterinbourg , capitale de l'Oural . Un petit tour
rapide car demain nous avons une visite guidée d'une journée complète
prévue en bus ; nous voyons au passage la cathédrale orthodoxe avec ses
énormes bulbes dorés qui ressortent sur fond de ciel orageux , plusieurs
églises plus discrètes , de grands buildings de verre et d'acier qui se
dressent orgueilleusement de l'autre côté du plan d'eau du parc , de
vieux trolley antédiluviens et bien sûr l'immense stade à la soviétique .

mercredi 22 juin 2016

ppi étape 16 Ijevsk Perm 400 km

Ijevsk ,capitale de l'Oudmourtie , est aussi la capitale de la
fabrication d'armes et en particulier de la célèbre Kalachnikov .Comme
dit Aldar , notre bouriate , "pas confondre avec modèle chinois , un
gravier et çà s'enraye , ou les contrefaçons roumaines qu'on trouve chez
vous , ici c'est modèle russe , tu peux le mettre dans l'eau , dans la
neige, par moins quarante degrés , dan!dan!dan! tu tires comme tu veux
...!" Et il embraye aussitôt sur un autre chapitre de la prévention
routière : " ici routes russes très mauvais , pas suivre trop prés si
non cailloux dans pare-brise ,; si étoile mettre scotch chaque côté si
non pare-brise capoute avec les chaos !" Il nous invite à avancer nos
montres d'une heure car nous avons changer de fuseau horaire par
rapport à Moscou ( ce qui porte le décalage avec la France à deux
heures) . Ici , on a l'impression que le soleil ne se couche presque
plus : hier soir il faisait encore clair à 23 h00 et lorsque je me suis
levé cette nuit pour aller aux toilettes vers 3 h00 il faisait déjà
soleil ! Logés à côté d'un centre scolaire , nous avons pu avoir une
longue discussion en anglais avec des jeunes lycéens , très admiratifs
de notre projet de voyage jusqu'à Pékin à nos âges . Ils nous donnent ,
en gage d'amitié , des CD de musiques qu'ils ont enregistré .
Aujourd'hui , c'est Marc et Monique qui tiennent la une de la
rubrique mécanique : à peine avons-nous fait 2 km qu'il faut faire
demi-tour pour rentrer au camp de base pendant que Jean-Yves , le mécano
est encore là . Leur témoin de turbot est allumé ; il parait que c'est
le filtre à particules qui est bouché . Grâce à son banc électronique ,
il parvient à éteindre le témoin et nous invite à rouler comme çà en
attendant de le nettoyer ce soir .
Deuxième départ qui ne nous mène pas beaucoup plus loin ; et
cette fois en plus du témoin allumé , Marc n'a plus de compression . De
retour au camping , cette fois Jean-Yves enfile la combinaison de
mécanicien , sort le cric , se glisse sous le véhicule et le verdict
tombe : le filtre est complètement bouché , il faut changer la pièce
qu'il n'a malheureusement pas en stock .Il faut appeler Aldar , déjà
parti tôt ce matin . Par téléphone il arrive à joindre un garage Fiat
dur Ijevsk qui est d'accord pour effectuer les travaux à condition de
lui apporter le véhicule .
Pendant que Marc et Monique prennent la direction du garage ,
nous décidons avec Serge et Marie-Do d'avancer un peu vers Perm pour
faire le plein de gasoil d'abord et ensuite pour trouver un coin ombragé
pour les attendre pour le pique-nique . Comme hier , nous commandons
trop de carburant :pas question de mettre le surplus dans les nourrices
, elles sont déjà pleine toutes les deux ; cette fois nous le stockons
dans des magnum d'eau vide!!
Aujourd'hui la M7 nous fait traverser une succession de petits
villages plus beaux les uns que les autres avec leurs jolies isbas en
rondins , avec de superbes encadrements de fenêtre sculptés et peints de
couleurs vives . Parfois les toits aussi offrent un curieux patchwork
associant le vert , le rouge et le bleu vif , un peu à la mode des pays
nordiques . Entre deux c'est le domaine de la forêt et des prairies .
Ici les hauts lupins bleus violets omniprésents depuis notre arrivée en
Russie font place aux épilobes d'un mauve plus délicat , un peu comme
dans nos montagnes.
Un peu partout dans les clairières , des dériques dodelinent de la
tête, pompant inlassablement le pétrole comme d'énormes Shaddocks . De
hautes torchères crachent de grandes flammes au dessus des sapins . De
curieuses cages attirent également notre attention car celles-ci
protègent de grosses vannes tout juste sorties de terre . La région est
vraiment très pétrolifère comme nous l'avait prévenu Aldar .
Un petit coup de fil donné à Marc et Monique nous apprend
qu'ils sont encore au garage . Nous décidons avec Serge, par talky
walky , de les attendre en pique-niquant . Nous quittons dès que
possible la M7 par une petite route de traverse qui se transforme
rapidement en chemin de terre bourré d'ornières . Partout c'est la
récolte du foin ; au bout de quelques kilomètres nous traversons un
petit village aux isbas faites de rondins . Après avoir obtenu
l'autorisation d'un autochtone , plutôt rébarbatif au premier abord ,
nous nous installons dans un carré d'herbe à peu prés plat , devant chez
lui . Bien que notre intrusion est fait sensation dans la commune , nous
ne déclenchons pas de vague de curiosité : tout le monde semble très
réservé dans le secteur , hormis trois gamins qui passent et repassent
en vélo . Ici on récolte encore le foin à la fourche que l'on charge
directement sur la charrette sans faire de bottes . Seul un coq, avec
son troupeau de poules à ses trousses, vient nous rendre visite . Comme
nous avons du temps à perdre , nous sortons même l'auvent pour nous
abriter du soleil encore très ardent aujourd'hui ; le thermomètre ne
décolle plus du 35 , sauf la nuit . Ce midi nous goûtons enfin le
célèbre saucisson russe , qui se révèle correct et quelques pâtisseries
que Dominique avait acheté hier au marché au poissons fumés .L'un est à
base de pain d'épice fourré avec quelque chose de sucré indéfinissable
et l'autre c'est une pâte sablé avec un genre de confiture de prune .
Des mets qui tiennent bien corps en tout cas !!
Arrivés au café , un nouveau coup de fil nous apprend qu'ils
viennent de quitter le garage et qu'ils prennent une petite route
blanche sur la carte routière qui coupe dans l'angle que fait la M7 ;
nous décidons alors d'avancer doucement plutôt que de les attendre ici .
Dès que nous récupérons le grand axe routier , c'est pour sauter et
rebondir inlassablement sur un champ de bosses et d'ornières , parfois
très profondes , où il ne ferait pas bon aventurer une roue ! Il faut
être très vigilent au volant et parfois les yeux du copilote ne sont pas
de trop pour éviter les pièges en tout genre . C'est amusant de voir de
loin les semi-remorques serpenter sur le bitume , jetant leur cabine un
coup à droite , un coup à gauche . C'est beaucoup moins drôle lorsqu'il
rapproche !!
Nous laissons Perm de côté pour continuer vers Ekaterinbourg et
trouver notre lieu de bivouac . Il parait que Staline avait fait
disparaitre la ville de Perm des cartes géographiques bien qu'il
s'agisse d'une agglomération de plus d'un million d'habitants et qui est
la capitale de l'Oural à cause de l' énorme goulag Perm-36 , réservé aux
prisonniers politiques . Il a été définitivement fermé et transformé en
musée par Gorbatchev en 1990 .
Nous retrouvons avec soulagement Marc t Monique au camping ,
une demi-heure après notre arrivée . Malheureusement le garage d'Ijevsk
n'avait pas la pièce : Jean-Yves l'a commandé aussitôt et nous la
récupérerons dans quinze jours en Mongolie : en attendant il faudra
bidouiller ...! Le moral n'est donc pas au beau fixe ce soir .

mardi 21 juin 2016

ppi étape 15 le 21 juin 2016 Kazan Ijevsk 420 km

Depuis Moscou notre GPS ne fonctionne pas : notre carte SD
fournie par Garmin en France était défectueuse apparemment comme celle
d'ailleurs d'un autre équipage dont le pilote s'appelle Pierre également
. Nous roulons donc depuis avec une carte SD que Jean-Yves , le mécano ,
a bien voulu nous prêter . Là , ce matin nous récupérons une carte
bricolée par Géraldine , une de nos guides ,qu'elle a pu charger via
internet .
Nous testons aussitôt le nouveau cru pour sortir de Kazan ;
malheureusement , au lieu de nous indiquer la route pour récupérer la
bretelle de contournement de la ville , le GPS nous dirige vers le
centre . Après un petit coup de talky walky à Marc et à Serge nous
sommes rassurés : les leurs font la même bêtise . Pour éviter la
circulation déjà très dense bien qu'il ne soit que 8h00 , nous décidons
de s'en tenir à notre feuille de route . Il faut remonter malgré tout de
larges avenues bondées de monde et de trolley-bus qui nous coupent la
route sans cesse pour atteindre les plages sur la Volga et enfin la
forêt . Encore un village d'isbas à traverser et nous devons tomber sur
la M7 . Malheureusement , je ne reconnait pas notre destination ,Ijevsk
, écrit en cyrillique et nous sommes bon pour expérimenter le demi-tour
sur une quatre voies avec terre-plein central : pas facile de couper les
deux voies de gauche face aux camions qui arrivent plein pot ! C'est un
peu la roulette russe...! Et n plus en colonne de trois véhicules , çà
n'améliore pas la sauce !
Sortis par la porte ouest de Kazan , c'est seulement une
trentaine de kilomètres plus loin sur la M7que tombons sur la sortie Est
; nous récupérons d'ailleurs ceux qui , comme Marie-Noelle , sont passés
par le centre-ville . Très vite l'autoroute se métamorphose en une
petite départementale à deux voies mais avec toujours autant de camions
qui ne respecte pas les limitations de vitesse ; dès qu'il y a une côte,
il faut les doubler mais aussitôt ils nous talonnent dangereusement et
dès que nous atteignons une zone 60 km/h , ils redoublent . C'est un
ballet incessant auquel il faut bien s'habituer .
La région que nous traversons maintenant devient très sauvage ;
c'est la taïga : de l'herbe et des forêts de sapins à perte de vue ,
très peu de villages et quand il y en a , ils ne sont plus au bord de la
route mais à quatre ou cinq kilomètres sur le côté , nichés dans les
arbres . La disparition des villages s'accompagne également d'une
raréfaction des pompes à essence : je suis obligé de rouler plus de
trente bornes sur la réserve de gasoil avant d'en trouver une : le
stress me fait commander 70 litres au pompiste alors que je ne peut en
mettre que 60 dans notre réservoir :comme ici on paie d'avance , je mets
le surplus dans notre jerrican de secours dans la soute . Serge ayant le
même problème je me retrouve avec une nourrice pleine à ras-bord .
A peine avons-nous repris la route qu'un petit marché ,
installé sur un parking pour camion , attire notre attention et nous
décidons d'aller voir d'un peu plus prés : on y vend essentiellement
des poissons fumés de toutes sortes : des carpes , des esturgeons ,...
Pour 800 roubles , soit un peu moins de 10 euros , nous achetons un
demi-poisson que nous mangerons ensemble ce soir . Dominique se lance
dans l'achat de quelques patisseries pendant que Marie-Do se laisse
tenter par un grand pot de fraise des bois . Quant à Marc , toujours
aussi bavard , se lance dans des explications concernant une sorte de
beignet fourré à la viande : son imitation de tous les animaux de la
ferme fait beaucoup rire ces braves paysannes russes , contentes de voir
des "françousse" en chair et en os .
Encore une heure de route et en passant sur le pont qui enjambe
un petit lac ,nous trouvons un beau petit coin pour le pique-nique de
midi au bord de l'eau et à l'ombre de surcroît : il vaut mieux car le
thermomètre affiche encore 35 degrés aujourd'hui !
La qualité relativement bonne , hormis sur les ponts , de la
chaussée nous permet d'arriver dans le coin de Ijevsk vers 16h30 : notre
camping est installé dans une petite station de sport d'hiver , au bord
d'un lac dont je ne tarde pas à goûter la fraicheur de l'eau : mon
enthousiasme pour cette baignade n'est guère communicatif ; seules
Dominique et Monique se contentent d'un bain de pieds sur le bord .

ppi étape 14 Kazan

Dur , dur de récupérer avec un soleil hardant dès 3h00 du matin
. Surtout qu'avec la chaleur nous sommes obligés de dormir avec fenêtres
et volets grand ouvert pour essayer d'établir un courant d'air ;
résultat la chambre est vite transformé en solarium . Il est temps de
changer de fuseau horaire . Dans ces conditions dès 5h00 on s'active à
la mise à jour du blog , au rangement des photos et au nettoyage du
camping-car .
Vers 7h30 je vais chercher de l'aide auprès de Jean-Yves ,
notre mécano , pour régler mon problème électrique . Grâce à notre pile
thermique qui a tourné toute la nuit , nous avons un peu de jus dans nos
batteries au lithium ce matin . Après une demi-heure d'examen et de
vérifications , le diagnostic tombe : l'alternateur est trop sollicité
par le fait que nous roulons avec les codes allumés , avec le frigo qui
tourne sur batterie et bien sûr la clim de la cabine qui est à bloque .
Résultat , nous avons beau avoir 260 ampères d'accu high tech , ceux-ci
ne sont pas assez chargés , même par nos 450 km quotidien . Résultat ,
la clim de l'habitation a absorbé hier en moins de trois heures
l'énergie accumulée .
Rassurés ,nous pouvons prendre le bus vers 9h00 pour la visite
de Kazan , capital du Tatarstan . Notre guide "Fleur de rose" est une
grosse tatare qui roule les "r" à la soviète avec malgré tout quelques
traits du visage , arabes ; en effet les Tatares sont d'origine turque .
C'est le pays le plus riche de la fédération russe avec ses gisements de
gaz naturel et de pétrole . Il est aussi doté d'une forte industrie :
fabrication d'avion , d'hélicoptère et de camions , les fameux Kamaz qui
ont fait la gloire de l'Armée Rouge et qui gagnent toujours le
Pari-Dakar camion . Très fière de son pays , elle nous montre au passage
une quinzaine d'université et d'écoles supérieures , des grands gymnases
, les hautes torchères de complexes pétrochimiques pour enfin gagner
le Kremlin , forteresse crénelée qui occupe les hauteurs de la villes ;
Ivan le Terrible avait eu beaucoup de mal à venir à bout de ce bastion
turc et s'était vengé en détruisant la ville complétement .A l'intérieur
des remparts blanchis à la chaux nous visitons la grande mosquée
reconstruite au début des années 2000 avec un luxe inouï de marbre , de
dorures et de céramiques : un lustre de 2 tonnes et demi en cristal de
Bohème descend de la coupole principale pour scintiller de mille éclats
. On voit que les émirats arabes sont passés par là pour financer la
construction . Quatre minarets haut de plus de soixante mètres se
dressent au angle du bâtiment comme des bougies sur un gâteau . Toutes
les toitures sont d'un bleu vif qui ressort sur la maçonnerie blanche .
En face la cathédrale orthodoxe de l'Annonciation essaie de jouer à jeu
égal mais c'est difficile malgré sa série de gros bulbes qui décorent la
toiture .Par contre , à l'intérieur , il n'y a pas photo , ici çà
dégouline de dorures en tout genre , chandeliers , cadres d'icônes
,grilles , encensoirs , ... à en donner la nausée !
Plus loin se dresse la tour penchée , erreur architecturale , avec
malgré tout un joli mouvement de torsade dû au jeu des briques qui la
composent . Derrière , c'est le palais présidentiel sur lequel flotte le
drapeau russe (blanc,bleu, rouge) et le drapeau tatare (rouge et vert) .
Nous quittons ensuite le Kremlin , en bus , pour aller voir la
Volga de plus prés que nous traversons sur un magnifique pont suspendu
dont les immenses piliers dessinent un M car celui-ci a été construit
pour fêter le passage au troisième millénaire . Un violent orage
écourte, par chance pour nous, ce qui fait la fierté des habitants de
Kazan: le théâtre de marionnettes et une espèce de parc de jeu familial
construit en rondins au milieu d'un jardin fleuri .
La pose déjeuner se fait dans une espèce de self , soit disant
spécialisé dans la cuisine tatare : on nous sert une assiette de
crudités suivie d'une sorte de bouillon très gras avec des pâtes , un
morceau de viande hachée indéfinissable accompagné de deux crêpes de
pomme de terres ; le dessert , plus couleur local , est un petit gâteau
fait d'un assemblage de morceaux de pâte à tarte avec du miel .
L'après midi est consacré à la visite du monastère orthodoxe de
Raïfa situé à 18 kilomètres de Kazan : vingt minutes de bus qui ont
raison de la plupart des ppistes qui se mettent à ronfler . ll faut dire
que le grand beau est revenu entre temps et que le thermomètre voisine
les 35 degrés ! Dans un écrin de verdure , au bord d'un lac , les
bâtiments , bien que modestes se trouvent fortement mis en valeur . De
beaux clochers , de jolies bulbes colorés certes , mais rien de
grandiose cependant comme à Moscou . Une enceinte crénelée , des mûrs
blanchis à la chaux , des toitures bleues ou vertes , c'est le domaine
de la sobriété qui contraste avec l'intérieur dégoulinant de dorures et
d'icônes .Ce qui est agréable c'est que notre visite s'effectue au son
des chants de deux popes en costume .La ferveur des autochtones nous
émeut ;il s'agit essentiellement de femmes , les cheveux cachés sous de
grands foulards , à genoux sur les dalles de pierre pour prier ou
embrassant dévotement toute une série d'icônes .Malgré un short très
long et mes mi-bas de contention , je finis par me faire sortir par une
espèce de cerbère barbu qui m'aboie dessus méchamment en me montrant du
doigt la porte de sortie . Je ne savais pas que mes genoux pouvaient
faire un tel effet !
De retour au camping à une heure raisonnable , nous décidons de
faire griller au barbecue ce soir grâce au bon soin de Roger qui si
colle dès la fin de la réunion . Et nous terminons la soirée en goûtant
la vodka de Kazan que j'ai acheté hier à Métro : d'un avis général elle
semble un peu plus parfumée que les autres .