vendredi 26 août 2016

ppi étape 81 le 26 août 2016 Boukkhara-Khiva 450 km

Ce matin il faut que je me lève tôt car avec la journée
marathon d'hier , j'ai pris du retard au niveau du blog .Aussi à 5h15 je
suis sur mon clavier jusqu'à ce que Dominique se réveille et m'apporte
un café . J'en ai besoin pour avoir les idées claires car la visite de
Boukkhara avec ses nombreux monuments n'est pas simple à retracer ni les
multiples explications de Rousman à rapporter ! Après le petit déjeuner
, il faut ranger le prolongateur pour pouvoir déplacer le camping-car à
proximité du point d'eau , l'entrepôt étant très grand .
Une fois le plein de notre réserve fait , nous attaquons la
sortie de Boukkhara qui se révèle compliquée , le GPS ayant la tête à
l'envers ; il va jusqu'à nous mener dans des impasses ou des courées un
peu glauques . Nous profitons de la traversée d'un faubourg pour acheter
2 galettes de pain bien dorées . Il faut le concours de deux autochtones
,plus celle d'un flic et d'un chauffeur de taxi pour nous mettre sur la
route de Khiva . La qualité de celle-ci , sur les cent premiers
kilomètres, est effroyable : nous avons rarement connu des déformations
pareils , on dirait que le macadam a été soufflé , malaxé, comme de la
pâte à modeler : nous rebondissons comme sur un tremplin dès qu'on
dépasse les 40 km/h. Il faut vraiment réduire la moyenne pour que la
situation devienne tolérable à bord . Après avoir traversé une zone
marécageuse sur notre gauche où les joncs et les roseaux sont rois ,
nous voilà à nouveau dans le désert de sable où poussent quelques
touffes d'herbes et des épineux , parfois un petit massif de tamaris et
ceci à perte de vue . Pas un mont pour barrer l'horizon !
Au bout de cent bornes nous tombons sur une autoroute en
construction : son revêtement a le mérite d'être parfaitement plat. Le
seul bémol c'est que bien souvent seul un côté est fini ,et il faut
malheureusement le partager avec ceux d'en face .Vers midi , nous nous
arrêtons dans un petit restaurant où nous trouvons du gasoil à 3500 sums
le litre .Comme on y rencontre Jean-Luc , Hubert et Gérard , notre
président , nous décidons de manger ensemble une brochette de mouton
avant de reprendre la route . Il faut avant toute chose régler un
problème de tarif de carburant car Hubert a payé 6000 sums en passant le
dernier ! Devant le grondement général , le taulier finit par rembourser
la différence et nous , résultat ,nous pouvons passer à table :la viande
a bon goût mais il doit quand même s'agir d'un vieux mouton car il est
dur , le bougre !
Après le repas Dominique prend le volant pour que je puisse
terminer le blog temps que la route ne secoue pas trop . Au bout d'un
moment, le sable qui nous entoure prend des couleurs très chaudes ,
presque doré sur certains flancs de dunes où le vent a laissé de jolies
ondulations . Cent bornes après la coupure de midi , Dominique préfère
jouer la sécurité et refait le plein dans une station, cette fois avec
une vraie pompe, où sont déjà arrêtés Jean-Yves ,Claude et quelques
autres .Hubert ne tarde pas à nous y rejoindre . On dirait des mouches
autour d'un pot de miel ! C'est la peur de la panne sèche qui nous rend
fébrile ! Dès que nous traversons l'Amou Daria , l'un des grands fleuves
qui arrosent l'Ouzbékistan , le paysage redevient vert et chasse le
désert de nos yeux : on retrouve le damier des rizières et les champs
de maïs . Sur les berges , la large rivière a laissé derrière elle un
chapelet de marigots, envahis de roseaux . Depuis le pont que nous
empruntons, nous nous rendons compte que les flots sont très peu
profonds avec de longues langues de sable déposées dans les méandres
,traduisant un faible débit . C'est sûr , nous sommes en fin d'été et
l'Amou Daria reste un fleuve du désert !
Une fois que nous atteignons Urgench , une petite ville située
à une trentaine de bornes de l'arrivée , il n'y a plus qu'à suivre les
fils du trolley-bus jusque Khiva où nous loupons un peu l'entrée .
Résultat, nous devons traverser la vieille ville en remontant des
ruelles étroites , parfois encombrées de camions en stationnement, bien
difficile à croiser . Jean-Luc , voulant tourner à gauche dans une
petite rue perpendiculaire ,reste en bascule sur trois pattes en voulant
franchir un tas de terre . Avec une roue motrice dans le vide , le
pauvre ne risque pas de pouvoir bouger ; en bourrant de gravas l'espace
sous la roue aérienne et avec l'aide d'une petite poussette , nous le
sortons de ce guêpier . Encore cinq cent mètres dans le labyrinthe de la
vieille ville qui nous vaut l'apparition d'une foule de curieux , nous
débouchons tout à coup face aux remparts dorés par le soleil de fin
d'après midi : une double récompense que nous dégustons pleinement avant
d'aller nous stationner devant l'hôtel Asia Khiva , face à la muraille
crénelée : un magnifique site de campement que nous ne sommes pas prêts
d'oublier !
Le temps de ranger le désordre qui règne un peu partout dans
les placards et la soute après une journée de tôle ondulée et c'est
l'heure de la réunion . Puis Roger verse l'apéro pour fêter les 64 ans
de Claire et son premier jour de retraite suisse ! Après le repas pris
en tête à tête au camping-car , nous nous octroyons une superbe ballade
nocturne à l'intérieur des remparts : après avoir remonté quelques
ruelles à l'aide de la torche car il y fait noir comme dans un four ,
nous débouchons sur une place dominée par un immense minaret de briques
, superbement éclairé ; la terrasse couverte d'une tonnelle du
restaurant voisin nous permet également d'y voir un peu plus clair .
Quelques autochtones palabrent assis un peu partout sur des marches
,dans l'obscurité . Nous déambulons ainsi pendant une bonne heure sous
la voute étoilée du ciel, sans nous rendre compte du temps qui passe ,
caressés par la douce tiédeur qui émane des façades de briques . Quelle
magnifique conclusion pour notre première vraie journée de détente ,
libre de nos mouvements! La cerise sur le gâteau : nous faisons deux
rencontres fortes intéressantes . D'abord celle d'un ébéniste qui
enjolive des portes de noyer en sculptant un bas relief à la gouge en
compagnie de son associé dans un petit atelier à peine éclairé . Et
ensuite nous retombons nez à nez sur nos sympathiques globe-trotters,
Flore et Mathieu ,dont nos chemins se croisent pour la troisième fois ;
ils sortent d'un concert de musique ouzbek qui inaugure le début des
festivités pour le 25 ème anniversaire de l'indépendance du pays . Cette
fois la boucle est bouclée , nous ne les reverrons plus, puisqu'ils
prennent le train pour Tashkent demain matin et l'avion pour Paris dans
la foulée . Il ne nous reste plus qu'à leur souhaiter bon voyage !

ppi étape 80 le 25 août 2016 Boukkhara

Après une nuit relativement fraiche grâce à un léger courant
d'air dans la chambre , nous décidons d'un commun accord de jouer les
prolongations jusqu'à 6h30 pour récupérer un peu de la fatigue accumulée
ces derniers jours . Puis nous nous octroyons deux cafés au lit puisque
aujourd'hui c'est relâche suivi d'un petit déjeuner soigné en tête à
tête pour une fois . Comme je n'ai que quelques mots à rajouter au blog
, nous nous mettons en quête de l'hôtel Sémour pour bénéficier de la
wifi . D'après les autochtones que nous rencontrons , il est fermé et
aurait été racheté par les Chinois pour loger les employés qui
travaillent à l'usine à gaz.
Comme prévu le bus vient nous chercher vers 8h45 pour visiter
la ville de Boukkhara, autre oasis sur la Route de la Soie qui a détrôné
Samarcande après la chute de la dynastie Timourid . Le bus nous dépose
d'abord à l'entrée d'un parc d'attractions construit sur le site d'un
ancien cimetière où un historien soviétique a retrouvé en 1934 le
Mausolée de Ismail Samani, dépourvu de sa coupole et caché parmi les
tombes ; comme nous explique Rousman , c'est le joyaux d'Asie Centrale
par excellence puisqu'il date du début du Xéme siècle , ce qui en fait
la plus ancienne construction de Boukkhara : de forme cubique , il a
retrouvé sa coupole . Ses quatre faces sont magnifiquement décorées par
une variété impressionnante d'assemblages des briques : il parait que
l'on en a dénombré 18 modèles différents . La dynastie Samanide qui en
découle, a régné sur la région de 875 à 999 . Elle correspond à
l'arrivée de l'islam imposé lors de l'invasion arabe qui ont mis des
Tadjiks à la tête du pays peuplé de gens d'origine turc . A l'interieur
, on retrouve des décorations tel que des soleils qui rappellent
l'ancienne religion zoroastrienne et des motifs à base de fleurs à
quatre pétales qui évoquent la croix , peut-être en rapport au
christianisme nestorien venu jusqu'ici .
En traversant le parc , nous apercevons des tronçons de
remparts mis en valeur par la pièce d'eau qui nous en séparent :
partout dans la ville de Boukkhara ont été aménagé des bassins de cette
sorte qui servent d'agrément mais surtout de réserve d'eau . Nous
continuons notre promenade jusqu'au musée de l'eau, installé dans un
bâtiment qui ressemble à celui que nous avons visité hier en face de
l'ancien caravansérail avec sa superbe voute de briques ocres .Nous
apprenons par Rousman qu'il y avait ce genre d'installation tous les 25
à 30 kilomèestres tout au long de la Route de la Soie , ce qui
correspondait à une journée de marche pour les caravaniers.On peut y
voir une collection d'outres en tous genres , des louches pour boire et
surtout une partie réservée à la Mer d'Aral qui a perdu 90 % de sa
surface par la bêtise des soviétiques : en détournant massivement l'eau
du Syr Daria et de l'Amou Daria , les deux fleuves qui alimentent cette
mer pour la monoculture intensive du coton ils ont provoqué une
catastrophe écologique sans précédent .
Nous continuons notre visite à pieds jusqu'à la mosquée
Bolo-Haouz d'une architecture très légère avec ses 20 immenses colonnes
de bois sculptées , surmontées de superbes chapiteaux peints , le tout
soutenant un magnifique plafond à caissons richement décorés de motifs
géométriques : l'intérieur , par son extrême nudité, tranche avec la
décoration très chargée du grand hall extérieur . C'est superbe de voir
le reflet que la mosquée offre dans l'eau du bassin voisin , ce qui a
fait dire qu'elle était dotée de 40 piliers .
En continuant nos investigations , nous tombons nez à nez avec
les massifs remparts de la forteresse qui a été habitée jusqu'au milieu
du XIX ème siècle par le dernier émir . Construite entièrement en
briques elle parait imprenable avec ses tours tronconiques , fortement
évasées à la base . Des extrémités de poutres sortent des murailles
ainsi renforcées . La blondeur de la maçonnerie prend de jolies nuances
avec les jeux de lumière , c'est un plaisir pour le photographe . Dire
que les bolcheviques l'ont bombardé lors de la guerre d'indépendance en
1920 après l'échec de son siège . L'émir se réfugia alors en Afghanistan
jusqu'à sa mort .
Nous reprenons le bus qui nous rapproche du coeur de la vieille
ville : le Réghistan, avec son bassin central doté de jets d'eau qui
dégagent une agréable fraicheur sous sa voute de gros arbres . Au nord
se dresse l'imposante façade de la mosquée Polyenda Beg avec ses motifs
zoomorphes : une sorte de perroquet avec un mammifère indéterminé en
dessous décore les deux côtés de l'immense iwan (le portail) couvert de
mosaïques aux motifs géométriques ; une aile est consacrée à la mosquée
proprement dit ,l'autre à l'école coranique ou madrasa avec les cellules
pour les étudiants . De l'autre côté du reghistan lui fait face presque
symétriquement la mosquée Sodhim Beg .
Nous allons prendre le déjeuner dans un atelier de broderie qui
emploie deux cents femmes qui travaillent chez elle et à leur rythme :
le travail est très fin et très coloré . Les pièces de tissus ainsi
décorées s'appellent des "suzanas" : c'est la future jeune mariée qui
devait en préparer quatre avant les noces pour tapisser les murs de la
chambre nuptiale . Elle devait montré de cette façon à sa belle famille
chez qui elle allait habiter , les traits de son caractère par le choix
des motifs . Nous assistons aussi à la préparation du "plov" de
Boukkhara parfumé ici avec des gousses d'ail entières non épluchées , de
petits piments et des carottes roses et non jaunes comme à Rishtan .
Personnellement , nous préférons celui-ci parce qu'il est plus relevé ,
ce qui correspond d'avantage à notre gamme de goûts .
Encore une fois , je redoute l'après midi après un tel repas à
digérer sous la chaleur des ruelles car aujourd'hui la visite se fait à
pieds . Après avoir retraversé le réghistan , nous passons la porte des
chapeliers : il s'agit d'une construction en briques soutenue par
voutes très hautes pour laisser le passage aux chameaux très chargés des
caravaniers : à l'ombre de ce passage sont installés des commerçants
spécialisés dans la vente des toques ,en mouton astrakan, très réputées
. Puis en rasant les murs pour éviter la morsure du soleil , très
violent à cette heure , nous nous rendons à la Grande Mosquée du
Vendredi devant laquelle nous sommes surpris par les 44 mètres cinquante
du minaret Kalon qui date de 1127 : il fut miraculeusement épargné par
Gengis Khan qui admiratif d'une telle construction aussi haute , se
serait prosterné à son pied lors du sac de Boukkhara . Grâce à sa
lanterne visible de très loin , les caravaniers pouvaient s'orienter .
Nous entrons ensuite dans l'immense cour de la mosquée de 127 mètres
sur 80 de large qui pouvait recevoir l'ensemble de la population mâle de
Boukkhara : de forme rectangulaire , chaque côté comporte en son centre
un énorme iwan (porche) séparant 2 groupes de sept voutes .
En face de cette énorme mosquée on peut admirer le madrasa Mir-i-Arab de
taille et de façade identique à celle-ci : il fonctionne toujours avec
180 étudiants qui pendant quatre ans après les études secondaires
obligatoires viennent se former au métier de muphti . Curieusement les
sympathiques jeunes globe-trotters que nous avions transporté de Osh à
Fergana , nous font un petit coucou surprise alors que nous écoutons
religieusement les explications de Rousman , assis sur les marches de la
mosquée .
En repartant vers la place centrale , nous passons entre deux
madrasas construits à l'identique l'un en face de l'autre comme c'était
beaucoup la mode ici au XVI ème siècle : il s'agit du madrasa
Modar-i-Khan et vingt ans plus tard du madrasa d'Aboullah Khan . Leur
façade percée d'un immense iwan de 30 mètres de hauteur en leur centre
sont richement décorées de mosaïques à motifs géométriques et végétaux ;
la particularité des fleurs des bouquets est qu'elles laissent
apparaitre, discrètement car il s'agit d'animaux , des vers à soie .
Rincés par la fatigue de tous ces allers et venues et par la
chaleur accablante , nous nous précipitons ensuite vers une terrasse du
réghistan pour dégommer une mousse bien mérité . Puis nous décidons de
rentrer en taxi prématurément ,plutôt que d'attendre le bus prévu à
21h00 . A peine ai-je le temps de transférer les nombreuses photos de
la journée que c'est déjà l'heure de l'apéro que nous prenons en petit
comité avec Hubert et sa tribus accompagné de Roger et son épouse .
Nous terminons la soirée comme hier en mangeant sur le parking devant
les camping-cars avec et Roger et Claire .

ppi étape 79 le 24 août 2016 Samarcande-Boukkhara 300 km

Aujourd'hui nous n'aurons pas le petit mot de Rousman , parti
à Tashkent hier après midi pour l'anniversaire de son épouse . Pour cela
il prend le train à grande vitesse acheté aux Espagnols car la largeur
des voies ouzbeks leur correspond mieux, celle du TGV français étant
trop importante . Il met deux heures pour faire les 400 kilomètres qui
nous séparent de la capitale . Libéré des contraintes du blog terminé
hier , je peux me consacrer pleinement à la corvée d'eau qui est sévère
car çà fait trois nuits que nous sommes à Samarcande : il ne faut pas
moins de huit jerricans de 20 litres pour faire le plein de la réserve :
si ça me gonfle un peu ,cela fait au moins le bonheur de la petite
chienne de l'hôtel ,qui s'est lié d'amitié avec nous ,car elle se sent
obligé de m'escorter lors de chaque aller et retour . Comme je l'ai
défendu précédemment contre une troupe de mâles , c'est amusant de la
voir bomber le torse en les toisant du regard lorsque nous les
rencontrons lors de nos vas et viens . Nous prenons ensuite le petit
déjeuner dehors, sur le salon de jardin dans la pelouse : c'est royal
car le thermomètre est juste à 25 degrés : pour la première fois
aujourd'hui nous goûtons le lait et la confiture de ketchs ouzbeks . Un
rapide petit tour dans le hall de l'hôtel pour profiter une dernière
fois de la wifi et nous voilà prêts à partir.
Enquillés comme nous sommes jusqu'au pied de l'escalier du perron
,la manoeuvre est délicate surtout qu'il faut slalomer en marche arrière
entre deux autres camping-cars ! Puis arrivés au bout de l'allée
principale , il faut remettre çà pour tourner à angle droit avec un
profond caniveau d'un côté et un véhicule de l'autre! Par contre la
sortie de Samarcande ne nous pose aucun problème avec le GarmIn qui
veille au grain .C'est avec un pincement au coeur que nous quittons
cette ville mythique, où il fait bon vivre , un peu comme les
caravaniers de la Route de la Soie qui retrouvaient l'aridité du désert
après les douceurs de cette oasis au parfum d'épices . Et puis cette
petite brise rafraichissante qui vient vous caresser pour mieux
supporter la touffeur de l'après midi, en attendant que la fraicheur de
la soirée s'installe jusqu'au petit matin . Sans compter avec la finesse
de ses joyaux architecturaux nichés dans des îlots de verdures . Pas
étonnant que Samarcande est fait tourner la tête à temps de voyageurs et
fait rêver tous les amateurs de livres de voyage . Dès la sortie de la
ville , nous nous lançons dans l'interminable traversée d'une plaine
cotonnière , monotone au possible :on commence à voir quelques paysannes
en commencer la récolte armées d'un grand sac de toile blanche qu'elles
portent sur le dos .Leurs mains agiles courent de branches en branches
pour arracher d'un geste furtif les précieuses boules de neige .On voit
aussi quelques champs de maïs qui viennent rompre l'uniformité
cotonnière .Des vaches batifolent un peu de façon anarchique dans les
champs déjà récoltés à la recherche des mauvaises herbes qui envahissent
les sillons ;
Au bout de vingt bornes , faute d'irrigation sans doute , le
désert reprend ses droits, limité toutefois sur la gauche par une petite
chaine de monts pelés . L'état de la route devient franchement très
mauvais , avec alternance de bosses et d'ornières très profondes dans
lesquelles le camping-car rebondit en gémissant de partout .Puis c'est
une zone de tôle ondulée où la carlingue toute entière entre en
vibrations au point que notre voix chevrote lorsque nous tentons de
parler ; je dis bien tentons ,car ça n'en vaut pas la peine, tant le
fond sonore est violent . Pour couper un peu le supplice et aussi pour
permettre à Marc et Serge de nous rattraper, nous arrêtons sur un petit
marché pour acheter des galettes de pain et un melon . Ne les voyant
toujours pas arriver , nous décidons de continuer en trainant des quatre
fers jusqu'aux vestiges d'un ancien caravansérail , c'est à dire d'une
auberge pour les caravaniers de la Route de la Soie : il en reste le
portail principal, richement décoré de jolis motifs de briques et le
soubassement du mur des chambres . En face, on voit encore l'immense
réserve d'eau , cristalline , couverte d'une superbe voûte en briques
qui en maintient la fraicheur et la propreté : c'est émouvant de penser
qu'il y a quelques siècles ,les caravaniers venaient y remplir leurs
outres et y faire boire leurs chameaux avant de repartir affronter la
sécheresse du désert . Nous décidons de rester là pour manger en
attendant Marc et Serge toujours pas en vue ! Cela commence à nous
inquiéter surtout qu'en plus, nous avons eu le temps de tenter de faire
le plein dans deux pompes à essence dépourvues de gasoil et même de
faire un tour dans Navoiy , une petite ville sur la route, recommandée
par le road-book . Ouf ! nous les voyons arriver juste au dessert : en
fait ils ont aussi été à la pêche à la station service et se sont
arrêter dans un supermarché .
Comme d'habitude Dominique reprend le manche en début d'après
midi avec 50 bornes de routes défoncées pour aller visiter un atelier de
céramique à Gijduvan , également recommandé par Rousman car ici ils
travaillent l'argile depuis 7 générations et respectent les motifs de
décoration traditionnelle . Nous assistons au tournage de grosses pièces
et à la décoration des poteries une fois polies et enduites d'une couche
de kaolin ; le secret de leur fabrication est d'inclure dans 40 kg
d'argile un kilo de fruit du jonc . Ici il n'y a qu'une cuisson à 1050
degrés contrairement à la céramique de Rishtan qui était cuite deux fois
. Pour chauffer le four, ils utilisent les branches des pieds de cotons
séchés . Les motifs réalisés sont magnifiques et nous craquons pour un
second grand plat , beaucoup moins cher d'ailleurs ,à 65 euros au lieu
de 120 à Rishtan , abaissé à 100 après marchandage .
Nous trouvons ensuite une station approvisionnée en gasoil pour
terminer les 60 bornes restantes sur une route particulièrement défoncée
où j'ai toutes les peines du monde à taper le blog sur l'ordinateur .
L'entrée dans Boukkhara se révèle relativement facile avec l'aide du
Garmin .Comme prévu ,nous nous installons vers 17h00, dans la cour
poussiéreuse d'un entrepôt de bus désaffecté .On a beau être prévenu ,
c'est dur quand même par 35 degrés à l'ombre . Un peu de blog et de
transfert de photo , un peu d'installation électrique et c'est déjà
l'heure de la réunion ! Ce soir Roger a sorti le barbecue et nous invite
à en profiter : nous lui confions la cuisson de deux barons ouzbeks un
peu coupés à la machette et nous terminons la soirée en mangeant
ensemble dehors, dans le noir total, devant les camping-cars éclairés .

mardi 23 août 2016

ppi étape 78 le 23 août 2016 Samarcande

Le mot du jour de Rousman porte sur l'armée : il nous explique
que le service militaire dure 1 an , qu'il peut se faire de 18 à 27 ans
suivant la longueur des études . Il est possible maintenant de la
remplacer par un service civil après avoir fait ses classes pendant 1
mois à condition de payer une petite contribution au ministère des
armées . Il nous parle aussi du système de santé ouzbek ; les soins sont
dispensés à l'hôpital public par des médecins formés en Ouzbékistan et
sont entièrement gratuits. Par contre les médicaments ne sont pas pris
en charge et coûtent très chers! Curieux pour un pays à l'héritage
communiste ! Il existe également des cliniques privées où il faut payer
les soins . Les cotisations de sécurité sociale sont prélevées tous les
mois sur le salaire en même temps que les impôts . Les opérations sont
payés par l'état , mais héritage soviétique , c'est mieux quand on
refile un bakchich au praticien !
Aujourd'hui , c'est encore relâche car il y a encore beaucoup
de choses à voir à Samarcande . Une fois de plus , nous en profitons
pour trainer un peu au lit et goûter pleinement la fraicheur de fin de
nuit : un régal en comparaison avec les températures accablantes d'après
midi . Aussi nous prolongeons ce morceau de bien-être par un double café
au lit avant de nous mettre enfin en route . Une fois prêts , nous
essayons de transmettre le blog avec la wifi de l'hôtel : par chance ce
matin la connexion s'effectue sans problème pour les deux derniers
chapitres . J'ai même le temps de faire un peu de courrier avant le
départ en bus prévu vers 9h00 en compagnie d'un jeune chien qui s'est
lié d'amitié avec nous depuis deux jours . Il faut dire qu'il a son bol
d'eau fraiche et ses biscuits régulièrement . C'est amusant de le
retrouver couché dans l'herbe ,devant la porte du camping-car quand
nous rentrons de visites .
Nous commençons nos investigations en nous rendant à
l'extérieur de la ville dans un cadre de verdure magnifique où coulent
tout un réseau de petits canaux d'eau cristalline :que c'est
rafraichissant d'entendre le clapot de l'eau à l'ombre de ces grands
arbres ! Rousman nous explique que cette famille a repris la papèterie
de leur ancêtre fermée pendant toute la période soviétique ; ici on
fabrique le papier de soie à partir de petites branches de mûriers que
l'on fait macérer dans l'eau pendant 24 h00 . Ensuite à l'aide d'un
couteau on enlève l'écorce pour récupérer la fibre qui est bouillie une
journée de long pour l'assouplir . Dans un second atelier les paquets de
fibres sont pilonnés à l'aide d'un moulin équipé d'un arbre à cames
jusqu'à obtenir une pâte homogène . Celle-ci , diluée dans l'eau est
étalée sur un tamis tendu sur un cadre de la taille d'une feuille de
papier ; une fois égouttée , les feuilles sont posées les unes sur les
autres en ayant soin d'intercaler un linge en coton entre chaque .
Lorsque la pile contient une centaine d'exemplaire , on passe le tout à
la presse pendant 24 h00 puis les feuilles finissent leur séchage
collées contre une large planche de bois . Reste la dernière étape ,le
polissage avec une pierre bien lisse ou un coquillage que l'on frotte
sur la feuille étalée sur un plan dur . Le résultat est formidable .
Leurs meilleurs clients sont les Japonais . Dominique en achète une
douzaines de feuilles pour ses travaux manuels .
Nous regagnons Samarcande pour aller visiter l'Observatoire
d'Ouloug Bek : cet émir , grand scientifique avait fait construire un
énorme sextant en creusant la roche de la montagne . Par un petit
orifice ménagé dans la voûte de maçonnerie , la lumière du soleil ainsi
canalisée venait à la rencontre du cadran . Il avait réussi à calculer
la durée d'une année à 1 minute et 20 secondes prés en 1400 et des
brouettes , un vrai génie ! Il avait également répertorié prés de 1200
étoiles , un sacré mathématicien et cela deux cent ans avant Copernic !
Nous parcourons le petit musée installé sur place avec beaucoup de
plaisir avant d'aller voir le fameux sextant dont la partie inférieure
est intacte . En fait , c'est son fils qui l'a décapité , et non son
frère comme je l'ai dit dans le chapitre précédent !
Nous terminons la matinée en allant au musée d'histoire
Afrasiab consacrée à la civilisation qui occupa le site de Samarcande
du VI ème siècle avant JC jusqu'à l'arrivée des Mongoles au XIIIème
siècle de notre ère . C'est fortuitement , en creusant la nouvelle route
de Tashkent en 1965 qu'on a mis à jour de magnifiques fresques datant du
VII ème siècle après JC . Celles-ci ,par leur précision, ont permis de
montrer le niveau de raffinement de cette civilisation dont le
rayonnement allait des pays arabes à la Chine et la Corée . C'est
fabuleux de voir le cortège nuptial d'une princesse juchée sur un
éléphant venant de Surkhandaria pour être offerte au seigneur de Samacande .
Sur un autre panneau on voit le même seigneur recevoir ses cadeaux de la
main des ambassadeurs venant de Chine du Pamir et de Corée . Une
magnifique découverte qui n'a pas fini de livrer ses secrets à en juger
par l'ampleur du site . Actuellement c'est une association culturelle
franco-ouzbek qui gère le chantier .
C'est la tête pleine de bribes d'histoire de ces riches
civilisations d'Asie Centrale que nous gagnons le restaurant "Les
Platanes" où comme hier nous découvrons avec beaucoup de plaisirs la
cuisine ouzbek : un buffet de crudités nous attend déjà sur la table,
suivi d'un potage à base de pois chiches et de potiron, et de brochettes
de poulet mariné au préalable dans une sauce relevée à base d'oignons .
Nous terminons par un feuilleté fourré à la poire servi avec le thé .
Heureusement que le programme de cette après midi est plus léger que
celui de la veille !
Nous attaquons par la visite de la Mosquée de Bibi Khanoum ,
énorme construction commandité par Tamerlan lors de son retour d'Inde ,
chargé d'un butin sans précédent . Comme il a vu des constructions
gigantesques lors de ses campagnes guerrières en Perse , il veut
réaliser la plus grande mosquée du monde et on peut dire qu'il a réussi
: nous entrons dans l'édifice par un portail de 35 mètres de hauteurs
ornant la façade couverte de mosaïques à motifs géométriques ; nous
entrons alors dans une immense cour plantée d'arbres où l'on découvre
deux superbes coupoles cannelées couvertes de céramiques bleues
turquoises décorant chaque aile du bâtiment . Malheureusement une partie
de la construction a été détruite par les tremblements de terre et le
manque d'entretien : le travail de réfection, commencé à la fin de l'ère
soviétique ,est énorme et demandera encore de quelques décennies d'effort .
Nous terminons par la visite du "Grand Bazar", installé
juste à côté, où nous retrouvons tous les étales habituels de fruits et
légumes , de matériels en tous genres , de pains , d'épices ; une chose
peut-être un peu différente ici ,c'est le nombre important de marchands
de fruits secs et de gros blocs de sucre candy . Fatigués , nous
décidons de ne pas attendre encore une heure après le bus, et de rentrer
par nos propres moyens en mangeant une glace .
De retour au campement nous sommes obligés de subir la musique
tonitruante d'un mariage qui a lieu dans le parc de l'hôtel . Pas facile
de se concentrer sur le blog ni d'espérer faire une petite sieste ! La
réunion du soir évoque les actes terrorristes de Turquie en minimisant
la chose ( 47 morts au lieu de 52 ! comme ci l'arithmétique changeait
quelque chose à la gravité de la situation : c'est risible !) En tout
cas Atypic maintient son programme turc pour l'instant : affaire à
suivre ! Après l'apéro offert par les Anglais , nous prenons le repas
dans la pelouse à la lumière des lanternes du parc , comme les deux
jours précédents .